
Le modèle coopératif, avenir du football ?
Fini le foot business. Bienvenue dans le foot coopératif. Après le SC Bastia, c’est au tour du FC Sochaux-Montbéliard de se transformer en coopérative. Ce modèle démocratique associe supporters « socios », collectivités locales et investisseurs locaux.
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À la fin de la saison dernière, les mythiques Girondins de Bordeaux ont été relégués en National 2 suite à une décision de la Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG). Cet exemple de rétrogradation administrative illustre la vulnérabilité économique des clubs de football. Face au « fiasco » des droits TV en France, le président de la DNCG lui-même considère que « le modèle économique (des clubs de football) tel qu’il existait est mort ». Les fonds d’investissement, marqués par des logiques financières, sont souvent critiqués.
Dans ce contexte, des contre-modèles émergent. Outre l’actionnariat populaire, représenté, par exemple, par les Kalons qui sont rentrés dans la société de l’En Avant Guingamp en 2017, des sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic) sont créées. Selon un avis du Conseil économique, social et environnemental (Cese), elles constituent le « chaînon indispensable » entre l’association et l’entité commerciale pour impliquer les parties prenantes, développer des ressources nouvelles et optimiser le réinvestissement des excédents.
Le SC Bastia, un modèle coopératif SCIC
Le SC Bastia a ouvert la voie en mobilisant un « patrimoine territorial » à transmettre et valoriser. Criblé de dettes, contraint de déposer le bilan et relégué en National 3 en 2017, le SC Bastia s’est reconstruit grâce à une coalition territoriale. Cette dernière rassemble investisseurs locaux et socios, des supporters possédant une part de leur club. Le président du SC Bastia, Claude Ferrandi, souligne l’« attachement viscéral » des Bastiais pour leur club.
Le SC Bastia a choisi le modèle coopératif, jugé « le plus adéquat pour redonner confiance aux supporters ». Créée en 2019, la Scic a fédéré autour de valeurs partagées et d’une gouvernance démocratique. Sa gouvernance repose sur le principe « une personne = une voix ».
Union de familles corses et de socios
Le projet a associé deux familles corses aux supporters, réunis au sein de l’association des Socios Étoile Club Bastiais (SECB). Le capital social de la coopérative s’élève à 800 000 €, réparti entre 600 000 € pour les familles et 200 000 € pour les supporters. Les familles Ferrandi et Luiggi détiennent 38 % des droits de vote, contre 20 % pour les supporters.
Le SC Bastia a retrouvé le monde professionnel en 2021, lorsqu’il est remonté en Ligue 2. Suite à des investissements de 1,2 M€ dans les infrastructures, le centre de formation a retrouvé son agrément du ministère des Sports. Le club a également créé le label Paese Turchinu pour encourager les collectivités locales à devenir sociétaires.
Coopérer pour sauver le FC Sochaux-Montbéliard
Le FC Sochaux-Montbéliard est le second club français à créer une SCIC en raison d’importants déficits. Sa relégation remonte à l’été 2023. Trois projets de reprise ont été présentés, dont un porté par les socios regroupés dans l’association des Sociochaux. Ce projet a finalement permis d’éviter le dépôt de bilan, grâce à une quarantaine d’investisseurs locaux ayant chacun versé un million d’euros en urgence.
Le projet des socios a évolué vers une Scic filiale, recentrée sur le centre de formation et les sections féminines. Les Sociochaux ont investi 780 000 € dans le capital du club et 50 000 € dans la SCIC porteuse du centre de formation. Le club s’organise ainsi entre une association support, une SCIC et une SASP.
Le renouveau du football populaire
À Bastia comme à Sochaux, les acteurs dénoncent les méfaits du foot business et sa financiarisation. Le foot populaire y est promu non seulement pour l’apport des socios, mais aussi par le réencastrement des clubs dans leurs territoires. Comme le conclut un rapport d’information du Sénat, les clubs participent « à la vitalité économique de nos territoires et à leur identité ».
Ces projets peuvent-ils constituer un véritable recours ? Alors que le SC Bastia a été rétrogradé en National 1 par la DNCG, Claude Ferrandi a déclaré : « Aujourd’hui, nous actionnaires, on n’est pas assez forts. » Les ressources territoriales issues de l’actionnariat populaire sont-elles suffisantes, tandis que les modèles coopératifs peinent à attirer les investisseurs ?
Ces clubs coopératifs montrent qu’un football autrement est possible.
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