DECRYPTAGE. En Occitanie, plus d’un agriculteur sur deux vit sous le smic… pourquoi notre modèle agricole est en grand danger

Décryptage : L’Agriculture en Occitanie, un Modèle en Danger

Dans la première région agricole de France, vivre de son exploitation devient un défi de plus en plus difficile. En Occitanie, plus de la moitié des agriculteurs ne parviennent pas à se verser un salaire équivalent au SMIC. Cette situation, parmi les plus préoccupantes de France, met en lumière un déséquilibre profond dans la rémunération du monde agricole.

Environ 57 % des agriculteurs en Occitanie gagnent moins qu’un SMIC, comparé à 43 % au niveau national, selon l’Observatoire de la rémunération agricole équitable de Max Havelaar France. Cela signifie que des milliers d’exploitants ne peuvent pas se verser un revenu d’environ 1 450 euros nets par mois. Même pour ceux qui dépassent ce seuil, la situation reste précaire, car la majorité d’entre eux perçoit un revenu inférieur au revenu médian des Français.

Cette précarité s’explique en partie par la structure agricole de la région, caractérisée par de nombreuses petites exploitations, une forte présence de l’élevage et des grandes cultures, ainsi que des zones défavorisées.

La Question du Partage de la Valeur

Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France, souligne que le problème est systémique : « Nous ne sommes pas sur une minorité, nous sommes sur une profession largement sous-rémunérée. » La question centrale est celle du partage de la valeur. Les prix auxquels les consommateurs achètent des produits alimentaires ne reflètent pas les coûts de production, ce qui pénalise les agriculteurs.

Dans les exploitations, produire davantage ne se traduit pas nécessairement par une amélioration des revenus. Desbordes souligne que « l’action sur le prix constitue aujourd’hui le levier économique le plus efficace pour sécuriser durablement la rémunération des agriculteurs ». Tant que la valeur ajoutée est captée en aval, les exploitants peinent à vivre de leur travail.

Vulnérabilité des Petites Exploitations

Les petites exploitations en Occitanie sont particulièrement vulnérables. Une majorité de leurs agriculteurs ne parvient pas à dégager un revenu suffisant. Certaines filières, comme l’élevage et les grandes cultures, sont plus touchées, mais aucune n’est épargnée.

La forte instabilité des revenus aggrave la situation. Une bonne année peut être suivie d’une mauvaise, sans filet de sécurité pour les exploitants. Plus de la moitié des agriculteurs qui étaient déjà sous le SMIC il y a dix ans y sont restés sur la durée.

Un Écart Financier Alarmant

Pour garantir un revenu au moins équivalent au SMIC pour tous les agriculteurs, il manquerait en moyenne 3,3 milliards d’euros par an, selon l’Observatoire. Ce chiffre a considérablement augmenté ces deux dernières années, atteignant jusqu’à 4,7 milliards d’euros nécessaires pour combler cet écart, un niveau sans précédent.

Perspectives et Solutions

Des solutions existent, mais elles restent limitées. La première consiste à mieux encadrer la rémunération des producteurs en intégrant leurs coûts dans les prix. Le projet de loi d’urgence agricole encourage des contrats plus protecteurs, mais ces dispositifs demeurent volontaires. Max Havelaar France plaide pour l’établissement de prix planchers applicables à tous les agriculteurs.

Derrière ces difficultés se cache l’avenir de l’agriculture régionale. Moins de revenus signifiera moins d’installations, des exploitations qui disparaissent et des jeunes qui hésitent à se lancer dans le métier. Revaloriser le travail agricole est donc essentiel, non seulement pour les agriculteurs, mais pour l’ensemble du territoire, car si ceux qui produisent ne peuvent plus vivre de leur métier, c’est toute la chaîne alimentaire qui est menacée.

Source : Observatoire de la rémunération agricole équitable de Max Havelaar France.

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