Des pistes de VTT détruites au bulldozer : que se passe-t-il à Annecy ?

Des pistes de VTT détruites au bulldozer : que se passe-t-il à Annecy ?

Lundi 27 avril, des vététistes habitués du Mont Veyrier, surplombant le lac d’Annecy, ont découvert une pelleteuse en action sur l’une des pistes les plus fréquentées du massif. Les bosses ont été rasées, le terrain remanié et les aménagements détruits. Cette intervention, réalisée sans communication préalable auprès des usagers, a pris de court une communauté locale qui œuvrait depuis plusieurs mois auprès des collectivités pour faire reconnaître ces tracés. Dans un contexte de forte fréquentation, cet incident relance la question de la cohabitation entre les différents usagers du massif, notamment les vététistes, randonneurs, traileurs, chasseurs et riverains.

Pour comprendre la situation actuelle sur le Mont Veyrier, il est essentiel de revenir sur l’histoire de ces sentiers. Plusieurs pistes de VTT ont été aménagées de manière non officielle depuis plus de cinq ans. Bien que ces pistes ne bénéficient d’aucun statut légal, elles sont largement empruntées par une communauté croissante de vététistes, en particulier des enduristes expérimentés. Des figures reconnues de la discipline, comme Kilian Bron, ainsi que de nombreux acteurs de l’industrie du vélo de la région, y circulent régulièrement.

Ces pistes sont devenues un terrain de pratique régulier sans jamais avoir obtenu de statut officiel. Des panneaux d’interdiction, installés il y a une quinzaine d’années, ne sont plus en place.

Une tentative d’officialisation restée sans suite

Pour officialiser ces pistes, l’Annecy Mountain Bike Association (AMBA) a été créée en 2023 par cinq passionnés, dont Julien Duvivier. L’association vise à structurer la pratique, ouvrir le dialogue avec les collectivités et, à terme, légaliser ces tracés. L’AMBA a élaboré un dossier complet pour faire reconnaître les chemins existants sur le Mont Veyrier, intégrant des tracés précis et des analyses de terrain.

Malgré l’envoi de ce dossier aux décideurs annéciens et des échanges engagés, le processus a avancé lentement.

Le Veyrier, un massif déjà sous pression

Le Mont Veyrier fait l’objet d’une attention croissante des pouvoirs publics. Un plan de gestion a été engagé en 2021 pour répondre à une surfréquentation préoccupante, ainsi qu’aux enjeux d’érosion et de sécurité. L’agglomération du Grand Annecy a lancé un travail pour structurer les pratiques de pleine nature, incluant le développement du VTT.

En février 2026, le Grand Annecy a publié son Schéma Directeur de la Randonnée 2026-2031, qui prévoit l’inscription de dix nouveaux itinéraires VTT, représentant 122 kilomètres supplémentaires. Cependant, le Mont Veyrier n’en fait pas partie, jugé trop complexe pour le développement d’infrastructures touristiques.

L’intervention des pelleteuses

L’épisode du 27 avril a révélé la destruction partielle d’une des pistes les plus fréquentées. Selon des informations recueillies, l’entreprise responsable des travaux aurait été missionnée par la commune de Veyrier-du-Lac pour un chantier d’enfouissement de citernes d’eau destinées à la caserne de pompiers. Toutefois, l’AMBA indique que l’intervention aurait également ciblé plusieurs aménagements VTT. Des bosses de deux mètres de haut ont été détruites sur une large zone.

Des membres de l’AMBA ont appris que les douze pistes GPX transmises dans leur dossier figuraient dans un plan de suppression. L’association, bien qu’elle reconnaisse le caractère illégal des sentiers, souligne que le problème réside dans l’absence de dialogue entre les parties prenantes et les décideurs.

La Ville d’Annecy évoque une décision héritée de l’ancienne mandature

La Ville d’Annecy a déclaré que la décision de détruire les aménagements avait été prise sous l’ancienne mandature, avant les élections municipales de mars 2026. Le nouvel adjoint au maire, Antoine Pignard, a précisé que l’intervention avait été engagée sans que la nouvelle équipe municipale en ait été informée.

La municipalité maintient que les aménagements détruits étaient illégaux et leur suppression s’inscrit dans une logique de protection des milieux naturels. Un manque de concertation a été reconnu, et la Ville souhaite désormais reprendre la main sur le dossier en engageant des discussions avec les acteurs concernés.

Au-delà de cet incident, la situation met en lumière les enjeux de cohabitation des usages dans des espaces naturels de plus en plus fréquentés. La ville d’Annecy est confrontée à un surtourisme estival massif, qui impacte les sentiers et les écosystèmes.

Le chantier est actuellement à l’arrêt, et des discussions devraient s’ouvrir entre les différents acteurs pour tenter de trouver une issue apaisée.

Source : Outside

Source
Partager ici :
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire