Au Moyen-Orient, la guerre se joue aussi sur les écrans : « L’enjeu, c’est le contrôle du récit »

Au Moyen-Orient, la guerre se joue aussi sur les écrans : « L’enjeu, c’est le contrôle du récit »

Depuis l’attaque lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février 2026, la guerre fait rage au Moyen-Orient. Mais ce conflit ne se limite pas au champ de bataille. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les États-Unis, Israël et l’Iran livrent une bataille sans merci pour influencer les perceptions publiques. Le commandant Samuel Henry, officier au sein de l’État-major des armées, spécialisé dans les manipulations de l’information, décrit cette guerre informationnelle.

La guerre informationnelle, selon Samuel Henry, est la guerre des récits. Elle s’ajoute aux effets cinétiques, c’est-à-dire aux combats physiques. « Quand on livre bataille sur le terrain, on livre également bataille dans le champ des perceptions, » explique-t-il, citant des penseurs militaires historiques. L’objectif de cette guerre est multiple : elle vise à affecter le moral des soldats et à intimider l’adversaire à travers des opérations psychologiques, comme la diffusion de vidéos montrant des pertes adverses.

Un autre aspect crucial de cette guerre est la manière dont les parties impliquées utilisent la culture populaire pour gagner le soutien des populations. Les États-Unis et l’Iran exploitent la « pop culture » pour se rendre plus sympathiques. Les Américains mélangent des vidéos de bombardements avec des extraits de films, tandis que les Iraniens créent des vidéos éducatives utilisant des Lego.

Les réseaux sociaux sont devenus le principal théâtre de cette guerre informationnelle. C’est là que les informations circulent le plus rapidement. Des cyberattaques sont menées, comme le piratage du site de l’agence de presse iranienne Tasnim, qui a diffusé de fausses images de destruction. De plus, des contenus faux sont circulés, comme des vidéos anciennes réutilisées dans des contextes inappropriés.

Les médias traditionnels ne sont pas à l’abri de cette dynamique. Les journalistes, en quête de sujets d’actualité, peuvent relayer des informations propagées sur les réseaux sociaux, ce qui contribue à une désinformation généralisée.

La guerre informationnelle ne se limite pas aux réseaux sociaux. Les États-Unis ont, par exemple, demandé à des entreprises de captation satellitaire de suspendre la diffusion d’images en Iran, limitant ainsi l’accès à des informations cruciales. En Israël, une censure militaire stricte encadre le travail des journalistes, interdisant notamment de montrer certaines réalités du conflit.

Enfin, bien que l’audience française ne soit pas la cible principale de cette guerre, elle en subit les effets. Les contenus favorables au récit israélien circulent largement sur les plateformes françaises, contribuant à une polarisation de l’opinion publique.

Cette guerre de l’information brouille la compréhension des événements sur le terrain et complique la tâche de ceux qui cherchent à démêler le vrai du faux. La polarisation des opinions est accentuée par la nature des contenus diffusés sur les réseaux sociaux, qui privilégient les réactions émotionnelles plutôt que la véracité.

Source : La Revue des Médias.

Source
Partager ici :
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire