
Enquête : Des médecins radiés pour motifs graves s’installent à l’étranger
Publié le 06/05/2026 à 19:59
Mis à jour le 07/05/2026 à 15:33
Temps de lecture : 4min – vidéo : 5min
Dans le cadre du projet #BadPractice, qui met en lumière des défaillances dans le domaine médical, « L’Œil du 20 Heures », en collaboration avec le consortium de journalistes OCCRP, « Le Monde » et le journal belge « De Tijd », révèle qu’un médecin français, condamné pour agressions sexuelles et radié pour les mêmes raisons, a déménagé en Belgique pour continuer à exercer.
Entre midi et deux, dans une maison de santé du sud de la France, Sarah*, patiente du cardiologue Dr A., raconte une expérience traumatisante. Ce dernier, après avoir fermé la porte à clé, a abusé d’elle lors d’une consultation. Comme Sarah, 11 autres femmes ont porté plainte en mars 2024, toutes âgées de 47 à 75 ans, décrivant un modus operandi similaire impliquant des palpations inappropriées et l’utilisation d’une caméra cachée. Le tribunal d’Aix-en-Provence a condamné le cardiologue à quatre ans de prison, dont trente mois avec sursis, et l’Ordre des médecins français lui a interdit d’exercer.
Cependant, « L’Œil du 20 Heures » a retrouvé sa trace dans un hôpital bruxellois. Deux mois avant sa condamnation, le Dr A. s’était inscrit au registre de l’Ordre des médecins belge. Après avoir purgé une peine de dix-huit mois sous bracelet électronique, il a repris ses activités médicales.
Cette situation soulève des questions sur le système européen d’information du marché intérieur (IMI), qui permet l’échange d’informations sur les professionnels de santé au sein de l’Union européenne. Malgré une alerte émise à son encontre, le Dr A. a pu continuer à exercer. L’hôpital belge a déclaré avoir respecté les procédures, affirmant qu’il disposait d’une autorisation d’exercer.
Le cas du Dr A. met en lumière les failles du système IMI. En Belgique, des dysfonctionnements dans le traitement des alertes sont désormais au cœur du débat politique. François De Smet, député belge, a exprimé son étonnement face à la situation, soulignant que les alertes reçues sont souvent négligées.
Une analyse de plus de 2 000 alertes IMI a révélé qu’aucune consultation par une autorité française n’était enregistrée entre 2021 et 2025. L’Ordre des médecins français a déclaré qu’il n’était en mesure d’ouvrir ces alertes que depuis janvier 2026, en raison de limitations techniques antérieures.
Des cas similaires se produisent également en France, où des médecins radiés à l’étranger, comme le Dr O. et le Dr V., ont été identifiés exerçant en France malgré des alertes pour « motifs graves ». Les Ordres des médecins belge et italien ont refusé de fournir des détails sur ces radiations.
Cette enquête s’inscrit dans le cadre du projet d’investigation #BadPractice, coordonné par le consortium de journalistes européens OCCRP, le journal norvégien VG, et The Times.
Source : « L’Œil du 20 Heures » et consortium OCCRP.





