
Un vaste essai clinique international apporte un éclairage inédit sur un cancer pédiatrique cérébral
Le projet BIOMEDE 1.0, coordonné par Gustave Roussy, représente le plus important essai clinique jamais réalisé sur les gliomes infiltrants du tronc cérébral, un cancer pédiatrique agressif dont la survie ne dépasse généralement pas un an. Les résultats, publiés dans la revue Nature Medicine, dessinent une nouvelle carte biologique de la maladie, identifient des biomarqueurs de réponse des patients et documentent la survie prolongée de quatre enfants, ouvrant des pistes concrètes pour les thérapies futures.
Le gliome infiltrant du tronc cérébral (GITC, ou DIPG en anglais) reste une tumeur pédiatrique au pronostic très défavorable. Sa localisation dans des zones profondes du cerveau et son caractère infiltrant limitent les options chirurgicales. Actuellement, la radiothérapie est le seul traitement ayant montré un bénéfice temporaire, sans guérison possible. La survie médiane des patients est inférieure à un an, un pronostic qui n’a pas changé depuis 50 ans. Environ 40 à 50 enfants et jeunes adultes sont diagnostiqués chaque année en France avec un GITC.
Les connaissances sur cette tumeur étaient jusqu’alors limitées, les dernières avancées remontant à environ quinze ans. L’absence d’outils biologiques pour caractériser la maladie et la fragmentation des essais cliniques ont freiné la recherche. Cependant, les progrès en médecine de précision ont permis d’identifier la mutation H3K27M, un marqueur diagnostique clé, et de mettre en lumière divers mécanismes de croissance tumorale.
L’étude BIOMEDE 1.0, initiée en 2014, est le premier essai clinique international randomisé dédié aux enfants, adolescents et jeunes adultes atteints de GITC. Cette étude a randomisé 233 patients entre 2014 et 2019, mobilisant des équipes en France, au Royaume-Uni, au Danemark, en Suède, en Australie, en Espagne et aux Pays-Bas. La France a inclus 72 % des patients, et chaque tumeur a fait l’objet d’une analyse moléculaire approfondie, constituant ainsi la plus grande base de données biologiques sur cette maladie.
Les résultats de l’essai ont révélé que la mutation du gène TP53 est un facteur déterminant de la durée de survie des patients. Bien que les trois thérapies ciblées évaluées n’aient pas amélioré significativement la survie globale, l’évérolimus s’est distingué par un profil de tolérance plus favorable.
BIOMEDE 1.0 a également mis en lumière quatre cas de « longs répondeurs », des patients diagnostiqués il y a plus de six ans et toujours en vie. L’analyse de leurs tumeurs révèle un microenvironnement immunitaire différent, suggérant une réponse immunitaire plus active.
Forts de ces résultats, Gustave Roussy a lancé BIOMEDE 2.0, un essai clinique comparatif international, et BIOMEDE IA, un programme de recherche utilisant l’intelligence artificielle pour analyser les données accumulées.
Les travaux ont bénéficié du soutien d’un Programme Hospitalier de Recherche Clinique de l’INCa et d’associations dédiées à la lutte contre le cancer pédiatrique.
Source : Inserm




