
Afghanistan : les chocs régionaux aggravent l’isolement du pays
« Nous en sommes maintenant au quatorzième jour d’incidents transfrontaliers dans six provinces et huit districts d’Afghanistan », a averti jeudi Georgette Gagnon, cheffe de la mission politique de l’ONU dans le pays (MANUA), lors d’un point de presse à New York depuis Kaboul. « Toute poursuite de ces échanges comporte des risques sérieux. »
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Depuis plusieurs semaines, les tensions entre Kaboul et Islamabad se sont intensifiées. Le Pakistan accuse les talibans afghans d’héberger ou de tolérer les combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe insurgé responsable d’attaques meurtrières sur le sol pakistanais. En réponse, le Pakistan a mené des frappes aériennes dans des villes afghanes proches de la frontière, entraînant des échanges de tirs et la fermeture de postes frontaliers.
Ces affrontements, concentrés pour l’instant dans les régions frontalières, ont des répercussions directes sur la population civile. « Les frappes aériennes et les affrontements transfrontaliers ont perturbé la livraison de l’aide humanitaire et contribué à des déplacements de population », a souligné Mme Gagnon, mentionnant également des retards dans l’acheminement de fournitures essentielles.
Les secousses du Moyen-Orient
À cette crise frontalière s’ajoute l’impact d’un autre conflit. L’offensive militaire lancée le 28 février par Israël et les États-Unis contre l’Iran a des conséquences sur l’économie afghane. En tant que pays enclavé et dépendant de ses voisins pour ses échanges, l’Afghanistan se retrouve dans un étau logistique. « Les corridors commerciaux traditionnels sont perturbés et l’instabilité affecte les routes d’approvisionnement régionales », a expliqué la responsable onusienne. Les prix des denrées de base en Afghanistan augmentent, ajoutant une pression supplémentaire sur une économie déjà fragile.
Ces tensions interviennent alors que le pays tente d’absorber un afflux de retours d’Afghans expulsés ou poussés à rentrer depuis l’Iran et le Pakistan. Des millions de personnes sont revenues dans le pays depuis 2023, mettant à rude épreuve les capacités d’accueil de communautés déjà fragilisées par la pauvreté et la sécheresse.
L’isolement, obstacle central
Pour l’ONU, ces crises régionales exacerbent un problème plus profond. « Les chocs continus – économiques, humanitaires et politiques – soulignent l’isolement de l’Afghanistan du système international », a estimé Mme Gagnon. Cet isolement constitue un obstacle majeur à la stabilité à long terme du pays, à la croissance économique et au respect des droits humains.
Près de cinq ans après la chute du gouvernement soutenu par les États-Unis, les autorités de facto contrôlent l’appareil d’État sans reconnaissance de la part des pays occidentaux. Les sanctions, la paralysie du système bancaire et l’effondrement de l’aide internationale ont plongé l’économie dans une crise profonde.
Le « processus de Doha » reste la seule tentative structurée de dialogue international, rassemblant représentants talibans, diplomates et institutions internationales autour de groupes de travail thématiques.
La question des femmes
Les décisions des talibans compliquent les perspectives de normalisation. Les adolescentes sont exclues de l’enseignement secondaire et supérieur, et les femmes sont interdites de nombreux emplois publics, ce qui impacte également les employées afghanes travaillant pour les Nations Unies. « Ces mesures sont incompatibles avec les obligations internationales de l’Afghanistan et entravent notre capacité à fournir une assistance », a souligné Mme Gagnon.
Une crise humanitaire persistante
Sur le terrain, la population fait face à une crise humanitaire chronique. Les villes doivent accueillir des flux de déplacés et de rapatriés, tandis que l’économie peine à redémarrer après des années de sanctions, de sécheresse et de catastrophes naturelles, dont deux tremblements de terre dévastateurs l’an dernier.
Les agences humanitaires prévoient d’aider des millions d’Afghans cette année, mais leurs opérations restent largement sous-financées. Face à cet enchevêtrement de crises, l’ONU souhaite maintenir sa présence, soulignant l’importance de son rôle dans le pays.
L’objectif demeure de voir émerger un Afghanistan « en paix avec lui-même et avec ses voisins, réintégré dans le système international ». Cependant, cet horizon dépend de l’évolution d’une région dont les turbulences se répercutent jusque dans les vallées afghanes.
Source : ONU




