
Les jeunes issus de familles pauvres doivent soutenir leurs parents, mais cela se fait au prix de leur propre émancipation
Dans un pays riche comme la France, de nombreux jeunes prennent un emploi dès l’âge de 16 ans pour tenter de vivre décemment. Pour ceux issus de familles vivant aux minima sociaux, cette situation se traduit par une double peine : lorsque ces jeunes gagnent de l’argent, que ce soit par le biais d’un apprentissage ou d’emplois saisonniers, le revenu de leurs parents diminue. Cette réalité soulève des questions sur l’équité du système de solidarité familiale.
Les jeunes travaillent souvent en parallèle de leurs études, durant les vacances scolaires ou comme apprentis. Leurs salaires sont destinés à construire leur avenir, que ce soit pour s’installer dans un logement, passer le permis de conduire ou même partir en vacances. Cependant, pour beaucoup, cet argent est essentiel pour couvrir des besoins fondamentaux tels que l’habillement, la nourriture, le paiement des factures ou des frais de scolarité. Selon une enquête réalisée par le syndicat étudiant la FAGE, un quart des étudiants vivent avec moins de 100 euros par mois après avoir payé leur loyer.
Cette situation est d’autant plus préoccupante lorsque les familles sont elles-mêmes en difficulté. Les jeunes se trouvent ainsi doublement pénalisés : d’une part par une situation économique fragile, et d’autre part par un système de solidarité familiale qui accentue leur dépendance envers leurs parents.
Zohra, membre du collectif « Il faut bien que jeunesse se fâche », témoigne : « Depuis que je bosse, je participe aux frais. Au final, ça a fait baisser les aides sociales que touchaient mes parents car avec mes salaires, on avait un revenu plus important à déclarer. Du coup, mes parents deviennent dépendants de mes revenus et je ne peux pas mettre de côté pour prendre un appartement ou m’acheter une voiture. Je suis bloquée. »
Solange, une mère séparée dont le fils a travaillé comme saisonnier, exprime également son angoisse : « J’ai dû déclarer le salaire de mon fils de 19 ans et sur mes versements de RSA, l’intégralité de ce qu’il a gagné a été déduite de mon RSA. Je ne veux pas lui demander de m’aider, c’est son argent, mais ma situation financière déjà compliquée s’est aggravée. Je ne sais pas comment faire à l’avenir tant qu’il n’a pas de revenus réguliers. »
Cette dynamique met en lumière une injustice sociale qui touche particulièrement les jeunes issus de milieux défavorisés, les empêchant ainsi de s’émanciper et de construire un avenir autonome.
Source : Enquête FAGE, 2026.




