Ouganda : pourquoi la première « guerre civile » chez les chimpanzés fascine les scientifiques

Ouganda : la première « guerre civile » chez les chimpanzés fascine les scientifiques

Le primatologue Aaron Sandel a observé des signes de tensions au sein de la plus grande communauté de chimpanzés connue au monde, située sur la colline Ngogo dans le parc national de Kibale, en Ouganda. En juin 2015, il remarque que les singes semblent nerveux à l’approche d’autres membres de leur clan, un comportement inhabituel pour ce groupe uni de plus de 200 individus. Ce phénomène marque le début d’une scission entre deux factions.

Dès lors, les interactions entre ces groupes se détériorent. Ils commencent à se poursuivre et à s’invectiver, émettant des appels habituellement réservés aux confrontations avec des groupes étrangers. En trois ans, les chercheurs assistent à une séparation irréversible, avec des hostilités persistantes au cours des sept années suivantes. Les scientifiques ont enregistré 24 attaques entre les deux factions, entraînant la mort de sept mâles adultes et de 17 jeunes singes.

Cette situation exceptionnelle est relatée dans un article publié dans la revue Science le 9 avril dernier. Les chercheurs y décrivent une transition de la cohésion à la polarisation, soulignant que « la guerre civile (chez les animaux) n’avait jamais été observée auparavant ». C’est la première fois qu’un conflit mortel entre groupes autrefois solidaires est observé en dehors du monde humain, indiquant que les identités de groupe peuvent évoluer vers une hostilité meurtrière sans les marqueurs culturels souvent associés à la guerre chez les humains.

Les causes de cette guerre restent mystérieuses. Plusieurs hypothèses sont envisagées, telles que la compétition alimentaire et reproductive, le rejet d’un nouveau mâle « alpha », ou encore une épidémie respiratoire ayant affaibli le clan en 2017. Selon Aaron Sandel, « les chimpanzés pourraient passer par un processus aussi complexe en l’absence d’ethnie, de langue, de religion ».

Les chercheurs notent que ce type de scission permanente est « extrêmement rare », survenant environ une fois tous les cinq cents ans. Cependant, ils mettent en garde contre les effets des activités humaines, telles que la déforestation et la crise climatique, qui pourraient rendre ces conflits intergroupes plus fréquents.

Source : Science et 404 Media.

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