L’Odyssée du Buhara (2/4) : Le cochon en plastique

L’Odyssée du Buhara (2/4) : Le cochon en plastique

Le 12 février 1941, dans la soirée, le Buhara, un vieux bateau de pêche, quitte la Bretagne. À son bord, 15 jeunes hommes déterminés à rejoindre le général de Gaulle en Angleterre. Fanny Beaurel, journaliste à ICI Armorique, retrace grâce à des archives sonores inédites leur tragique histoire.

Ce soir-là, depuis environ une trentaine de minutes, le Buhara, un ancien bateau de pêche en mauvais état, vogue discrètement vers l’Angleterre depuis la baie de la Fresnaye. À son bord, 15 jeunes hommes, dont 10 aviateurs, qui ont refusé l’armistice signé en juin 1940 par le maréchal Pétain. Tous partagent un même objectif : rejoindre le général de Gaulle.

Louis Delabruyère, l’un des quinze hommes, se souvient : « Nous devions être trois à être fusillés. Je ne sais toujours pas pourquoi je ne l’ai pas été. » Dans le podcast intitulé L’Odyssée du Buhara, Beaurel évoque la détermination de ces jeunes pilotes ayant refusé l’armistice et cherchant à poursuivre le combat contre l’armée allemande.

Une traversée plus longue que prévu

Rapidement, les hommes sont confrontés à des difficultés liées à l’état du bateau : cordage cassé, grand-voile inutilisable, pompe d’évacuation et moteur en panne. Ces avaries prolongent le trajet de trois heures sans que les résistants ne perdent leur sang-froid.

À un moment donné, un bateau est aperçu à l’horizon. Les membres de l’équipage espèrent qu’il s’agit d’un navire anglais venu les récupérer. Cependant, le bateau se dirige finalement vers eux. Louis Delabruyère raconte que, face à cette situation, ils ont commencé à cacher leurs armes, pensant que s’il s’agissait d’Allemands, il valait mieux ne pas en avoir.

L’arrestation

Le navire qui s’approche est en réalité allemand, le Bernhard von Tschirschky. Ce bâtiment, qui ne cherchait pas le Buhara, était en mission pour récupérer des pilotes allemands. Une fois à bord, les jeunes hommes sont rassemblés sous la garde de soldats.

Lors de la fouille du bateau, les Allemands trouvent des preuves accablantes contre les Français, notamment un petit cochon en celluloïd portant une phrase en breton et le nom d’Hitler sur son arrière-train. Les 15 Français sont ensuite emmenés à Cherbourg, où ils arrivent à bord du navire allemand.

Le 13 février 1941, à 11h, le Buhara est arraisonné par le bâtiment allemand. À 19h, les deux leaders de l’opération sont isolés des autres prisonniers.

Interrogatoires et procès

Les interrogatoires durent cinq jours, principalement la nuit. Les Allemands cherchent à obtenir des aveux concernant des armes à bord et leur intention de rejoindre l’Angleterre. Ils craignent qu’un réseau de résistance soit derrière cette opération.

Le procès des 15 hommes doit se dérouler à Saint-Lô, à 80 km de Cherbourg. Ils y sont transférés le 3 mars, mais doivent attendre le 18 mars pour que l’acte d’accusation leur soit lu. Le procès commence le lendemain, avec un avocat allemand désigné pour les représenter.

Louis Delabruyère se rappelle : « Nous sommes arrivés au tribunal entre une double haie de militaires allemands en armes. Nous étions placés en demi-cercle devant trois juges. »

Cet épisode du podcast L’Odyssée du Buhara est enrichi par des archives rares confiées par Isabelle Neuschwander, fille de Louis Delabruyère, l’un des hommes embarqués en 1941.

Source : ICI Armorique.

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