
Des professionnels d’ici au service de l’IA
Si les prochains modèles d’intelligence artificielle (IA) utilisés en médecine, en finance ou en droit fonctionnent bien, c’est grâce à des humains, experts dans leur domaine, qui ont consacré des heures à les entraîner, y compris des Québécois.
Des sociétés comme l’américaine Mercor, valorisée à 10 milliards de dollars américains, et sa concurrente micro1, estimée à 500 millions, se sont spécialisées dans le recrutement d’experts issus de divers domaines afin de perfectionner les technologies développées par des entreprises telles qu’OpenAI, Anthropic ou Microsoft. À elles seules, Mercor et micro1 emploient des dizaines de milliers de personnes à travers le monde.
Bien que ces entreprises ne révèlent pas le nombre de consultants québécois dans leurs rangs, des recherches en ligne montrent de nombreuses offres d’emploi dans la région de Montréal. Mercor, par exemple, recherche des spécialistes en finance, en immobilier ou en commerce de détail, tandis que micro1 propose des postes en mathématiques, en physique ou en nutrition.
Denis Soulières, hématologue et oncologue au CHUM avec près de 28 ans d’expérience, a été recruté par micro1 pour entraîner les systèmes d’IA de ses clients. Il a été contacté via LinkedIn et a passé une entrevue avec un agent conversationnel. Depuis environ huit mois, il consacre entre 2 et 10 heures par semaine au développement d’une plateforme médicale d’un important acteur de l’IA, pour lequel il valide le comportement du modèle d’IA et analyse des résultats. Sa rémunération dépasse 200 dollars américains de l’heure.
Monique Provost, traductrice semi-retraitée de Shawinigan, travaille également pour Mercor et micro1, bien que son rôle exige moins d’expertise. Elle annotent des photos, des vidéos et des extraits sonores pour enseigner à l’IA les « codes québécois » de la langue et de la culture, avec un salaire variant de 35 à 50 dollars l’heure. Elle a également trouvé une communauté professionnelle, échangeant avec d’autres personnes dans le monde.
Ces experts contribuent à améliorer des IA, mais Monique Provost souligne que ces technologies ne remplaceront jamais complètement le jugement humain. Cette opinion est partagée par Jean-François Sénéchal, chargé d’enseignement à la Faculté de philosophie de l’Université Laval, qui étudie les enjeux éthiques de l’IA.
Cependant, il est important de ne pas oublier le sort des nombreux travailleurs, souvent mal rémunérés, dans des pays comme le Kenya ou la Colombie, qui effectuent des tâches répétitives pour aider à entraîner l’IA. Sénéchal note que ces travailleurs, souvent sous-payés et travaillant dans des conditions difficiles, représentent une grande partie de la main-d’œuvre impliquée dans l’entraînement de l’IA.
Cet article a été publié dans le numéro de juin 2026 de L’actualité, sous le titre « Experts à la tâche ».




