
Vous avez vendu de la mort : Les coulisses du vaste trafic de protoxyde d’azote du Fresh Market de Roubaix
C’est une affaire édifiante qui a été examinée ce vendredi 15 mai 2026 au tribunal de Lille (Nord). Derrière la vitrine de l’épicerie Fresh Market de Roubaix se cachait une organisation dédiée au trafic massif de protoxyde d’azote et au travail dissimulé, gérée par Morgane*, âgée de 25 ans, qui a repris l’établissement depuis l’incarcération de son frère.
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Un « drive » de la mort et une logistique redoutable à Roubaix
La présidente du tribunal a immédiatement interpellé la prévenue sur la gestion nébuleuse de l’entreprise : « Madame, vous vous rendez compte qu’on ne gère pas une société comme ça ? C’est un sac de nœuds cette histoire ». Elle a décrit une organisation fonctionnant de 14h à 6h du matin, avec une distribution de jetons de couleurs pour indiquer la taille des bouteilles. Une petite bouteille était vendue 15 euros, tandis que le grand format se vendait à 40 euros.
L’ampleur du trafic est impressionnante : entre le 26 octobre et le 5 décembre 2025, les enquêteurs ont recensé la livraison de 982 cartons. Ces cartons transitaient d’abord par l’immeuble d’habitation de la prévenue avant d’être acheminés vers le local de l’entreprise. Lors des perquisitions, des centaines de bouteilles, des embouts et des ballons de baudruche ont été découverts.
Un fait surprenant révélé par l’enquête : le frère de la prévenue, ancien gérant de Fresh Market et actuellement incarcéré, surveillait l’appartement de stockage en direct depuis sa cellule grâce à un système de caméras, allant jusqu’à répondre aux policiers lors de la perquisition.
Travail dissimulé et montages financiers douteux
En plus du protoxyde d’azote, l’argent est au cœur des débats. Pour faire fonctionner cette entreprise illégale générant des bénéfices considérables (estimés à 27 000 euros par mois), la prévenue s’appuyait sur plusieurs « petites mains », des livreurs et vendeurs travaillant de nuit sans contrat ni déclaration préalable. Ces salariés étaient rémunérés en espèces.
L’enquête a également révélé une fraude sophistiquée. Bien que l’entreprise soit sous le coup d’une fermeture administrative, une micro-entreprise au même nom que Morgane a été créée à la même adresse pour continuer à encaisser les revenus du trafic. Un terminal de paiement SumUp, rattaché à ce compte personnel, a permis de traiter plus de 84 000 euros, dont 186 000 euros non déclarés sur un compte Revolut. Les policiers ont également retrouvé 13 165 euros dissimulés dans le tiroir d’un meuble.
« Vous avez vendu de la mort »
À l’audience, la dangerosité du protoxyde d’azote a été mise en avant. Les magistrats ont souligné les accidents graves liés à ce produit, y compris des cas de paralysie et le décès récent d’un jeune de 19 ans fauché par un conducteur sous l’emprise de ce gaz à Lille. « Vous avez vendu de la mort », a déclaré la présidente du tribunal.
Morgane a plaidé la naïveté, affirmant qu’elle voulait créer une stabilité pour la sortie de prison de son frère, tout en rejetant la faute sur son comptable pour le montage financier. Cette défense a été rejetée par le Ministère public, qui a souligné que tout était « extrêmement bien ficelé ».
La défense plaide l’obligation familiale
Pour contrer ce fléau qui a « pourri la vie des Roubaisiens », la procureure de la République a requis deux ans d’emprisonnement, dont un an assorti d’un sursis probatoire, un aménagement de peine sous bracelet électronique, une obligation de formation ou de travail, une interdiction de gérer un commerce pendant 10 ans et une amende de 25 000 euros.
Pour la société Fresh Market, la procureure a demandé la fermeture définitive du magasin et une sanction financière de 10 000 euros, ainsi que la confiscation des 13 165 euros retrouvés à son domicile.
Le tribunal rendra son délibéré le 28 mai prochain.
*Le prénom a été modifié.
Source : Actu.fr, 15 mai 2026.




