TEMOIGNAGES.

TÉMOIGNAGE. « TikTok lui a dit que le suicide était une libération », raconte la mère de Marie, une jeune corse qui s’est donné la mort

Publié le 13/05/2026 à 06h00
Temps de lecture : 4 min

Seize familles, soit trente-neuf plaignants, ont porté plainte ce lundi contre TikTok. Parmi elles, deux mamans corses. Leurs filles auraient été victimes de cette plateforme, et poussées au suicide. Elles ont accepté de témoigner pour démontrer la dangerosité de ce réseau social.

Il y a encore un an, Lou* (prénom d’emprunt) était une élève brillante, une adolescente solaire, active, passionnée de chant. Comme beaucoup de jeunes, elle passait ses soirées sur son téléphone. « Elle me montrait des vidéos amusantes, des danses avec ses copines », se souvient Christelle, enseignante sur l’île.

Cependant, cette mère n’imaginait pas les ravages que TikTok commençait à faire sur sa fille de 15 ans. « Je n’avais pas conscience des contenus aussi morbides que l’on pouvait trouver sur cette plateforme. C’est un monde qui s’écroule, un voile qui se lève. J’ai découvert la face immergée de l’iceberg, c’était horrible », explique-t-elle.

Depuis plus d’un an, Lou souffre d’un profond mal-être. Elle alterne entre anorexie et boulimie, scarifications et pensées suicidaires. Récemment hospitalisée pour des crises aiguës, son état de santé se dégrade brutalement. « C’est à ce moment-là que j’ai fait le lien entre l’état de ma fille et son utilisation de TikTok. Une fois que l’on est tombé dedans, c’est fini. Ce sont des petites qui sont happées dans ce piège digital », déclare Christelle.

En consultant le compte de sa fille, elle découvre des centaines de vidéos incitant au suicide, détaillant différentes méthodes. Plus Lou regarde ce type de contenu, plus l’algorithme lui en propose. « Ce sont souvent des petites filles très empathiques. Elles s’identifient aux histoires tristes. Tout est orchestré pour exploiter la vulnérabilité de nos enfants », souligne-t-elle.

Le combat de Christelle est de faire comprendre à Lou que cette plateforme lui fait du mal. « Pour elle, TikTok, c’est son meilleur ami alors que c’est son pire ennemi », ajoute-t-elle. Épuisée par cette situation, elle a rejoint le collectif « Algos Victima », qui a déposé une plainte collective contre TikTok pour « abus de faiblesse ».

Christelle affirme : « C’est une réelle urgence. L’addiction est telle qu’il est nécessaire de travailler en amont pour stopper la prolifération de ces contenus morbides. »

Mais il est déjà trop tard pour Marie. À 15 ans, cette jeune fille d’origine ajaccienne a également été victime de TikTok. Sa mère, Stéphanie Mistre, a décidé de se battre pour elle, pour faire entendre sa voix et dénoncer les dérives des réseaux sociaux. Marie s’est donné la mort en 2021. Stéphanie a découvert, sur le téléphone de sa fille, des vidéos où elle pleurait, et s’est rendue compte que TikTok exploitait la vulnérabilité de jeunes comme sa fille.

« Comment démonter un taille-crayon pour se scarifier ? Comment se scarifier sans se faire remarquer ? Comment faire un nœud pour se pendre ? C’est ce que l’on retrouve sur TikTok », déclare Stéphanie. Elle souligne que TikTok a enfermé Marie dans une communauté dépressive, lui disant que la vie ne valait pas la peine d’être vécue.

La famille de Marie avait déjà porté plainte contre TikTok en septembre 2023 pour « provocation au suicide » et « non-assistance à personne en péril ». Elle se joint maintenant aux autres familles pour déposer une plainte pour « abus de faiblesse ».

Maître Laure Boutron-Marmion, avocate des familles, affirme qu’il y a bien un abus de faiblesse en raison de la vulnérabilité des mineurs. Elle parle d’urgence sanitaire à modérer les contenus disponibles sur le réseau social. TikTok, pour sa part, rappelle avoir mis en place « plus de 50 fonctionnalités et paramètres spécialement conçus pour assurer la sécurité et le bien-être des adolescents ».

En France, un projet de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans est en cours d’adoption.

Source : France Info

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