
« On aimerait que cela n’arrive plus » : Le combat des parents de Salah, mort à 4 ans d’une infection nosocomiale au CHU de Nantes
Publié le 07/05/2026 à 11h41
Temps de lecture : 5 min
À 4 ans, Salah est mort dans une chambre de l’hôpital de Nantes. Son décès, survenu le 16 janvier 2022, est attribué à une série de manquements, selon ses parents, Mélanie et Othman Mannaï. Ils dénoncent l’absence d’une chambre stérile promise, une infection contractée à l’hôpital et un protocole expérimental administré sans leur consentement explicite.
« C’est une infection nosocomiale, contractée dans l’enceinte hospitalière, qui a emporté Salah », explique Mélanie Mannaï. Son fils, déjà affaibli par une leucémie aiguë myéloblastique, a subi une infection bactérienne pulmonaire, le laissant à 70 % de ses capacités respiratoires. Pour l’avocat de la famille, Me Bertrand Salquain, il est clair que Salah a contracté cette infection au CHU de Nantes, car il n’a pas été placé dans une chambre stérile.
Le 1er avril 2025, un collège d’experts de l’Institut Curie à Paris a rendu un rapport, commandé par le Tribunal administratif de Nantes. Ce rapport indique que le fait que Salah n’ait pas été placé en secteur stérile est « regrettable », mais ne conclut pas à un manquement engageant la responsabilité de l’hôpital.
Mélanie et Othman Mannaï ont découvert des éléments troublants concernant le traitement de leur fils. Un protocole expérimental, nommé MyeChild, a été administré alors qu’ils affirmaient avoir signé pour un protocole classique. « On a refusé expressément l’inclusion de notre enfant dans le protocole expérimental », précise Mélanie. Pourtant, ce protocole figure dans le dossier médical.
La chronologie de la prise en charge est cruciale. En juillet 2021, Salah est admis à Nantes pour une fièvre prolongée, mais en sort sans bilan sanguin. Quelques jours plus tard, une prise de sang révèle une leucémie. Après une première cure de chimiothérapie à Rennes dans une chambre stérile, Salah revient à Nantes pour une deuxième cure, mais est logé dans une chambre « semi-stérile ». La troisième cure, plus intensive, doit se faire dans une chambre moins protégée, alors que des travaux dans l’hôpital sont en cours.
En novembre 2021, l’infection se déclare. Les parents rapportent un retard dans la prise de médicaments durant la phase d’aplasie, lorsque l’enfant n’a presque plus de défenses immunitaires. Le 24 décembre, Mélanie alerte les équipes sur une dégradation de l’état de son fils, mais aucune mesure d’urgence n’est prise. Le 26 décembre, un scanner montre que Salah est déjà plongé dans le coma.
L’objectif de la procédure n’est pas de stigmatiser les médecins, mais de dénoncer « les défaillances d’une organisation qui n’a pas pu protéger Salah ». Me Salquain insiste sur le fait que le CHU de Nantes doit être tenu responsable d’un défaut d’organisation, notamment du manque de chambres stériles.
La famille demande actuellement un complément d’expertise pour comprendre les conséquences d’un traitement en chambre stérile. Le droit français impose un délai de six ans pour agir après un décès, et le 16 janvier 2022 marque le début de ce délai. La famille se retrouve face à un budget de 12 000 euros pour poursuivre ses démarches, dont environ 9 600 pour les honoraires des experts.
Une cagnotte solidaire a été lancée pour soutenir les parents dans leur quête de justice. Le CHU de Nantes a déclaré qu’il ne commenterait pas les situations individuelles, respectant le secret médical et la vie privée de ses patients, mais suivra les décisions du Tribunal concernant la demande d’une nouvelle expertise.
Source : France3 Régions






