Ni une déchetterie, ni une poubelle : face aux dons de vêtements, les associations caritatives et la filière textile à bout de souffle

La filière textile est actuellement confrontée à une crise majeure, exacerbée par une surabondance de vêtements de mauvaise qualité. Les associations caritatives, chargées de collecter et de trier ces dons, peinent à suivre le rythme, tandis que les recycleurs se retrouvent submergés par la matière. Ce système, autrefois efficace, est désormais en péril.

Le président du Secours populaire, Jean Stellitano, prédit que l’association pourrait bientôt être contrainte de refuser des dons si la situation ne s’améliore pas. « Nous avons des donneurs qui apportent des vêtements au quotidien. Cela permet d’alimenter nos boutiques et d’habiller gratuitement ou à petit prix beaucoup de monde, mais nous n’arrivons plus à suivre, » déclare-t-il. Un des principaux problèmes est la baisse de la qualité des vêtements donnés. Stellitano souligne que de nombreux particuliers choisissent de donner des articles de moindre qualité, ayant préalablement conservé les pièces en bon état pour les revendre sur des plateformes comme Vinted. « Nous aimerions que les gens fassent un premier tri et ne donnent pas ce qui est troué ou taché, car c’est contre-productif, » ajoute-t-il.

Le Secours populaire est contraint de trier les vêtements, et près de deux tiers des dons doivent être recyclés, représentant environ 120 tonnes de textile par an dans les Alpes-Maritimes. Cette situation est aggravée par la réduction des débouchés pour les textiles de moindre qualité, exacerbée depuis la pandémie de COVID-19. Un grand nombre de ces vêtements sont expédiés à l’étranger, où les marchés sont eux aussi saturés.

En vingt ans, la production mondiale de tissu a triplé. Les pays importateurs, principalement en Asie, en Afrique et en Amérique Latine, sont désormais submergés par des produits issus de la fast fashion, entraînant une accumulation de déchets textiles. Les vêtements les plus abîmés finissent souvent dans des décharges à ciel ouvert ou dans les océans. Au Bangladesh, par exemple, les teintures utilisées pour les textiles contaminent les rivières.

Pour faire face à cette crise, le Secours populaire a modifié sa méthode de collecte. Désormais, ce sont les équipes de l’association qui amènent les sacs de vêtements, en raison de l’augmentation des coûts de transport. En outre, l’association partenaire Pacôme, membre de l’éco-organisme Refashion, envisage de faire payer le Secours populaire pour le recyclage, ce qui pourrait aggraver la situation financière de l’association.

Les revenus tirés des ventes en friperies représentent une part significative du financement du Secours populaire. Si l’association ne parvient plus à évacuer les vêtements, cela compromettrait son fonctionnement. Stellitano a ainsi décidé de limiter les dons à deux sacs par personne et a alerté le préfet sur la situation.

Chez Abi 06, un autre acteur clé du tri de vêtements dans les Alpes-Maritimes, la situation est similaire. Bien que l’association emploie des personnes en contrat d’insertion pour trier, réparer et vendre des vêtements, elle subit également la concurrence des plateformes de revente. « Nous sommes complètement dépendants des recycleurs, qui sont eux aussi submergés, » observe la directrice Marianne Cotillard.

Refashion, l’éco-organisme en charge du recyclage, a récemment été sanctionné pour non-respect de ses obligations. Cette amende de 170 000 euros souligne la crise structurelle de la filière. Refashion a déclaré que cette sanction intervient dans un contexte de saturation des capacités de tri et d’effondrement des débouchés à l’exportation.

Un audit de la structure par le gouvernement est prévu, dans l’espoir de trouver des solutions durables à cette crise qui menace l’ensemble du système de gestion des textiles en France.

Source : France 3 Côte d’Azur

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