
Mort d’Aimable Karasira : un youtubeur critique du pouvoir rwandais
Aimable Karasira, un youtubeur connu pour ses critiques acerbes du gouvernement rwandais, est décédé récemment dans des circonstances qui suscitent l’inquiétude. Ses vidéos, qui abordaient notamment l’histoire récente du Rwanda, lui avaient valu plusieurs procédures judiciaires et une condamnation en 2021. Sa mort survient dans un climat où les voix dissidentes en ligne sont étroitement surveillées, et rappelle le décès de John Williams Ntwali, un autre journaliste et youtubeur, mort en janvier 2023 à Kigali, officiellement dans un accident de la route.
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Les conditions de détention d’Aimable Karasira avaient été dénoncées par plusieurs organisations de défense des droits humains. Ishimwe Normand, président de Jambo ASBL, un think tank basé à Bruxelles, a déclaré : « On savait qu’il avait été torturé, qu’il était maltraité. Les conditions dans lesquelles il est décédé ne sont pas claires, et cela fait partie d’un schéma récurrent. »
Surveillance des voix critiques
Les décès récents de youtubeurs et journalistes alimentent les débats sur la liberté d’expression au Rwanda. Les autorités rwandaises affirment qu’il n’existe aucun lien entre ces décès et l’activité des personnes concernées. Cependant, Prosper Bamara, ancien combattant du Front patriotique rwandais et ex-haut fonctionnaire, conteste cette version. En exil à Dakar, il souligne que Karasira, rescapé du génocide, avait partagé des récits difficiles sur sa famille décimée, ce qui aurait pu le rendre cible du régime.
Doutes sur les suicides en détention
La mort de Karasira n’est pas un cas isolé. En 2023, le décès de John Williams Ntwali avait déjà soulevé des appels à une enquête indépendante. Gaspard Musabyimana, écrivain et web-journaliste rwandais en Belgique, dénonce une tradition de non-respect des droits humains au Rwanda. Il explique que les youtubeurs, souvent les seuls journalistes indépendants, sont sous pression constante. « Si un youtubeur est jugé dangereux, il peut être kidnappé ou tué, et la version officielle évoque alors un suicide », déclare-t-il, faisant référence à d’autres cas tels que celui du chanteur Kizito Mihigo, mort en détention en février 2020.
Conclusion
La mort d’Aimable Karasira soulève des inquiétudes quant à la liberté d’expression et au traitement des voix critiques au Rwanda. Les appels à une enquête indépendante sur les circonstances de sa mort se multiplient, alors que le pays continue de faire face à des accusations de violations des droits humains.
(Source : DW)





