
A Mayotte, les méthodes de la police aux frontières pour intercepter les embarcations de migrants viennent d’être remises en question
Une vidéo récente, montrant une intervention nocturne filmée par un policier, soulève des interrogations sur les méthodes utilisées par les forces de l’ordre pour intercepter les embarcations de migrants comoriens en mer autour de Mayotte. Cette séquence, révélée par Le Monde le 28 avril 2026, met en lumière les tensions et les risques inhérents à ces opérations, dans un contexte où le cadre juridique pour agir reste flou.
Le 20 février 2026, un policier a filmé une tentative d’arraisonnement d’un kwassa-kwassa, un type de bateau utilisé pour faire la traversée entre les Comores et Mayotte. À bord, une vingtaine de passagers, dont sept femmes et des enfants, naviguaient sur une mer agitée. Les images montrent une intervention tendue : un projectile est lancé vers les forces de l’ordre, tandis que des policiers tentent de couper l’arrivée d’essence du bateau. Lors d’une manœuvre pour éviter la vedette de la police, le pilote lâche la barre, et l’embarcation chavire. Bien que tous les passagers aient été secourus, cet incident relance le débat sur les pratiques jugées dangereuses dans un contexte migratoire déjà très sensible.
Djamalidine Djabiri, représentant du syndicat Unité SGP Police à Mayotte, a déclaré que cette affaire illustre un problème plus profond, pointant un « vide juridique » auquel sont confrontés les agents lors de ces interventions. Il a souligné que les policiers sont souvent appelés à agir sans un cadre juridique clair, ce qui complique leur mission de protection des vies tout en faisant respecter la loi.
Les passeurs, qui refusent régulièrement d’obtempérer, sont également mis en cause. Djabiri a insisté sur leur responsabilité, affirmant qu’ils mettent en danger la vie d’autrui, parfois en percutant volontairement les embarcations des forces de l’ordre. Des incidents tragiques récents, comme le naufrage de deux kwassa-kwassa en juillet 2025, ayant causé deux morts, illustrent ces tensions.
Les règles internationales encadrent strictement les interventions en mer, stipulant qu’une fois en mer, il est légalement impossible d’intercepter les embarcations. Jean-Pierre Pont, ancien député Renaissance, a rappelé que le droit privilégie le sauvetage, afin d’éviter des manœuvres dangereuses. En comparaison, la France a récemment adapté sa doctrine pour les interceptions en mer à la frontière franco-britannique, permettant certaines interventions en amont de l’embarquement de passagers.
Chaque année, entre 400 et 600 kwassa-kwassa sont interceptés par la police aux frontières au large de Mayotte. Ces embarcations, souvent surchargées et inadaptées à la navigation en haute mer, tentent de parcourir les 70 kilomètres qui séparent les Comores de l’île française. Selon le Sénat, entre 1995 et 2012, entre 7 000 et 10 000 personnes ont perdu la vie lors de cette traversée, et plusieurs centaines d’autres sont mortes depuis.
Cette situation soulève des questions sur les méthodes de la police aux frontières et la nécessité d’un cadre juridique plus clair pour protéger à la fois les migrants et les forces de l’ordre.
Source : Franceinfo, Le Monde





