
Et si le cerveau vieillissait à cause d’un dérèglement caché dans nos gènes ?
Une découverte récente, réalisée par des scientifiques du Salk Institute à San Diego, met en lumière un aspect crucial du vieillissement cérébral. En début d’année 2025, ces chercheurs ont élaboré l’atlas épigénétique du vieillissement cérébral le plus détaillé à ce jour. Leur étude révèle que, contrairement à l’idée reçue selon laquelle le cerveau se dégrade simplement avec l’âge, il perd en réalité sa capacité à réguler l’expression de ses propres gènes. Ce dérèglement pourrait avoir des conséquences sur le fonctionnement neuronal dans son ensemble.
Quand le cerveau perd la maîtrise de son ADN
Chaque cellule du corps humain possède le même ADN, mais la manière dont cet ADN est interprété varie. Les marqueurs épigénétiques, qui sont de petites étiquettes chimiques, jouent un rôle clé en activant ou désactivant certains gènes en fonction des besoins cellulaires.
L’équipe de recherche a observé des cerveaux de souris à trois stades de vie :
- À 2 mois (jeune âge), les marqueurs de méthylation sont abondants et bien positionnés.
- À 9 mois (âge adulte), une légère érosion des marqueurs commence à se manifester.
- À 18 mois (vieillesse), les pertes sont significatives, en particulier dans les cellules immunitaires du cerveau appelées microglies.
Dans ces microglies vieillissantes, des gènes liés à l’immunité s’activent de manière excessive, en raison d’un manque de méthylation pour les réguler. Cela peut entraîner une réponse immunitaire trop forte dans le cerveau, ce qui peut détruire des neurones et compromettre l’architecture neurale.
Les « gènes sauteurs » : un risque sous-estimé
Une autre découverte marquante de l’étude concerne les transposons, ou « gènes sauteurs ». Ces séquences d’ADN répétitives, normalement contrôlées par la méthylation, s’activent davantage lorsque cette régulation diminue. David Sinclair, généticien à l’Université Harvard, souligne que ces gènes, souvent négligés, pourraient jouer un rôle central dans le vieillissement cérébral.
L’équipe a également constaté des modifications dans la structure de la chromatine, une organisation compacte de l’ADN. Avec l’âge, des boucles structurelles appelées domaines d’association topologique (TAD) apparaissent, ce qui pourrait représenter une nouvelle signature mesurable du vieillissement.
Ces résultats ouvrent la voie à des recherches futures sur les individus qualifiés de « super-vieillissants », qui conservent de bonnes capacités mnésiques après 80 ans. Ces personnes présentent moins d’activation des gènes sauteurs, ce qui pourrait expliquer la préservation de leur fonction neuronale.
La prochaine étape pour les chercheurs est d’appliquer cette cartographie épigénétique au cerveau humain afin d’identifier les leviers biologiques qui pourraient ralentir, voire inverser, le déclin associé au vieillissement.
Source : Salk Institute




