L’accord avec le Mercosur entre en vigueur sans vote du Parlement européen : « C’est un passage en force démocratique »

L’accord avec le Mercosur entre en vigueur sans vote du Parlement européen : « C’est un passage en force démocratique »

L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, qui regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et la Bolivie, est désormais en vigueur. Cet accord, controversé depuis 25 ans, prévoit la suppression de 90 % des droits de douane entre les deux régions. Il autorise l’importation annuelle de 99 000 tonnes de viande bovine, ainsi que du soja et de l’éthanol, des produits souvent associés à la déforestation en Amazonie.

En plus de la viande, le texte vise à accroître les importations de métaux stratégiques tels que le cuivre, le fer et le lithium. Maxime Combes, économiste et coanimateur du collectif Stop Mercosur, qualifie cet accord de « néocolonial ».

Le Conseil de l’Union européenne a autorisé l’application provisoire de cet accord en janvier 2023, avant même que le Parlement européen n’ait pu se prononcer. En réponse aux préoccupations des députés, la Commission européenne a affirmé que cette décision n’était pas destinée à contourner l’avis du Parlement, mais à anticiper d’éventuels retards de ratification par les pays du Mercosur. Bien que cette démarche soit légale, elle est perçue comme un passage en force démocratique, d’autant plus que les pays concernés ont finalement ratifié l’accord récemment.

Concernant l’impact sur les supermarchés européens, la mise en œuvre des quotas prendra du temps. Les consommateurs ne verront pas immédiatement une augmentation de l’offre de viande bovine sud-américaine dans les rayons. Par ailleurs, une application spécifique des règles de l’accord en France n’est pas possible, étant donné l’existence d’un marché commun au sein de l’Union européenne. Certaines collectivités locales tentent toutefois d’éviter l’importation de viande sud-américaine dans leurs cantines scolaires.

L’accord suscite également des inquiétudes quant à la santé publique. Des scandales liés à l’importation de viande bovine contenant des produits interdits en Europe, jugés cancérogènes, ont déjà été rapportés. Avec l’augmentation des volumes importés, les risques sanitaires pourraient croître, malgré les promesses de traçabilité et de contrôle renforcé par la Commission européenne.

Les principaux bénéficiaires de cet accord sont les grandes entreprises de l’agrobusiness sud-américain, qui peuvent vendre leur viande à des prix inférieurs de 60 % par rapport aux producteurs européens. En revanche, les perdants incluent le climat, la biodiversité, et les droits humains, selon des études récentes qui soulignent les impacts environnementaux et l’accroissement des inégalités.

L’accord, contesté par de nombreux agriculteurs, ONG et élus, a été critiqué même par des figures politiques comme Emmanuel Macron, qui l’a qualifié d’inacceptable dans son état actuel. Les revers de la diplomatie française sur ce dossier, ainsi qu’un manque d’efforts pour constituer une minorité de blocage au sein de l’UE, ont contribué à l’absence de résultats concrets.

La mise en vigueur de cet accord est perçue par certains comme une occasion manquée de rediscuter les principes de la mondialisation, et pourrait alimenter un discours anti-européen dans les mois à venir.

Source : Reporterre

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