
J’étais sur mes gardes : face à l’homophobie, les touristes LGBT contraints à repenser leurs vacances
Itinéraire, hébergement, moyens de transport… Préparer des vacances à l’étranger n’est une mince affaire pour personne. Mais cette tâche se révèle bien plus complexe pour les personnes LGBT+, qui ne peuvent pas se rendre partout sans risque, les obligeant parfois à cacher leur orientation sexuelle.
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À 29 ans, Émeric est un passionné de voyages. Que ce soit seul, entre amis ou en couple, il s’envole dès qu’il en a l’occasion. Cependant, en tant que personne homosexuelle, il est conscient des limites de ses envies de découverte. « Un voyage quand tu es gay demande une préparation particulière. Il y a des questions que tu es obligé de te poser car on ne peut pas mettre les pieds partout », confie cet ingénieur informatique.
Actuellement, l’homosexualité est illégale dans environ soixante pays, et la transidentité n’est pas reconnue dans une large partie du monde, selon l’ILGA, une association LGBT de référence. Dans plusieurs pays d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie du Sud-Est, les personnes LGBT+ risquent des peines de prison, voire la peine de mort.
« La base, c’est de vérifier »
Avant chaque voyage, Émeric prend le temps de vérifier les risques qu’il encourt. Cela commence par une recherche approfondie sur la législation en vigueur et sur l’ouverture d’esprit de la population locale. « Je regarde d’abord si les autorités locales seraient de mon côté en cas de problème, puis si les gens sur place tolèrent ou non », résume-t-il.
Danny Kronström, créateur du guide touristique en ligne Gay Voyageur, souligne que « la sécurité est un sujet d’inquiétude récurrent pour les personnes LGBT qui voyagent ». Son site, actif depuis 2014, guide les voyageurs queer et francophones dans leurs choix de destinations et d’hébergements.
Conséquences des voyages
Des ressources précieuses existent pour préparer un voyage, comme les cartes interactives d’Equaldex, qui cartographient l’avancée des droits LGBTQ+ dans le monde. De plus en plus de plateformes de réservation, telles qu’Airbnb ou Misterb&b, répertorient les établissements « LGBT-friendly ».
Marine L., 35 ans et journaliste lesbienne, consulte également les sites des ambassades et les recommandations du ministère des Affaires étrangères avant de partir. Elle se rappelle d’un voyage au Maroc, où elle et sa compagne s’étaient senties mal à l’aise, ce qui a conduit à un retour « hyper soulagé » en France.
Au Maroc, les « actes impudiques ou contre nature » entre personnes de même sexe peuvent entraîner jusqu’à trois ans de prison. Marine témoigne : « J’ai eu l’impression de passer une semaine sur la retenue, ce qui n’est pas très confortable ».
Léonie Nogueira et sa femme, en road-trip à travers l’Europe, prennent également des précautions, notamment en rendant leurs réseaux sociaux privés dans des zones où l’acceptation des LGBT est incertaine.
Retours et réflexions
Courtney Vondran, créatrice de contenu et influenceuse, a dû retirer les drapeaux arc-en-ciel de ses réseaux sociaux lors d’un voyage en Égypte. « Ce n’est jamais agréable de devoir retourner dans le placard », admet-elle. Récemment, elle et sa fiancée ont été refusées à l’entrée du Nicaragua, incident qu’elles attribuent à leur manque de prudence dans l’autocensure.
Émeric refuse désormais de voyager dans des pays politiquement hostiles à la communauté LGBT. « C’est une sorte de boycott, par principe. Hors de question que je donne le moindre centime à des pays qui oppressent les personnes homosexuelles », conclut-il.
Les défis auxquels font face les touristes LGBT+ soulignent la nécessité d’une vigilance accrue lors de la planification de voyages, mettant en lumière des réalités qui vont au-delà du simple loisir.
Source : ILGA





