Au Mali, un partenariat fragilisé entre la Russie et la junte face à l’offensive jihadiste

Au Mali, un partenariat fragilisé entre la Russie et la junte face à l’offensive jihadiste

Quatre jours après le début des attaques coordonnées menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) en collaboration avec la rébellion touarègue du Front de libération de l’Azawad (FLA), le Mali se trouve dans une situation sécuritaire critique. Kidal, une ville stratégique du Nord, est tombée le 26 avril aux mains des assaillants. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, architecte du rapprochement avec Moscou, a été tué dans un attentat suicide, alors que le partenariat entre la Russie et la junte au pouvoir vacille.

Dans les rangs de l’armée malienne, le retrait négocié des hommes de l’Africa Corps a laissé des traces. Le ministère russe de la Défense a confirmé sur les réseaux sociaux que ses paramilitaires, envoyés en soutien à la junte malienne, avaient dû se retirer de Kidal, reconquise en novembre 2023 avec l’appui de la milice privée russe Wagner. Un officiel malien a déclaré sur RFI que les Russes avaient été prévenus trois jours avant l’attaque, mais n’ont rien fait, soulevant des questions sur leur fiabilité.

Des frustrations grandissantes émergent au sein des forces armées maliennes, notamment en raison des différences salariales — quelques centaines de dollars pour les soldats maliens contre plusieurs milliers pour les Russes — et du manque de résultats opérationnels. Djenabou Cissé, spécialiste des questions de défense au Sahel, souligne que la prise de Kidal constitue un camouflet pour la Russie.

Malgré cette situation, la confiance entre la junte malienne et le pouvoir russe ne semble pas totalement rompue. Le chef de la transition, Assimi Goïta, a appelé à un « sursaut national » et a reçu l’ambassadeur de Russie, Igor Gromyko, qui a réaffirmé l’engagement de son pays aux côtés du Mali dans la lutte contre le terrorisme.

L’échec d’Africa Corps fragilise le partenariat entre la junte malienne et la Russie, qui a été établi fin 2021 après le retrait des forces françaises. La junte, ayant chassé l’armée française, a noué une alliance avec le groupe Wagner, connu pour son extrême violence et ses exactions contre les civils.

Depuis l’été 2025, les attaques jihadistes se sont intensifiées, rendant la situation encore plus précaire. Les forces russes, moins équipées que leurs homologues occidentaux, souffrent d’un manque de renseignements et de moyens aériens. Cela crée une quasi « no fly zone » au-dessus du Mali, offrant une liberté d’action accrue aux groupes jihadistes.

Des rumeurs circulent sur un possible retrait des forces russes du Nord, notamment de Tombouctou. Selon un porte-parole des rebelles, la coalition vise à « libérer » Gao, Tombouctou et Menaka, tout en exigeant le départ des Russes du Mali.

Le scénario d’un retrait total n’est pas à exclure, étant donné les priorités russes au-delà de l’Afrique, notamment en Ukraine. Un retrait serait perçu comme un aveu de défaite pour Moscou, qui a misé sur l’Alliance des États du Sahel.

Source : France 24.

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