La colère des syndicats de pompiers face à des conditions de travail dégradées

Moins d’hommes pour les interventions, du matériel défectueux non remplacé, des missions qui n’ont plus de sens… Les représentants syndicaux des Services Départementaux d’Incendie et de Secours (SDIS) alertent depuis plusieurs années sur leur situation financière dégradée. Le 21 avril 2026, neuf organisations syndicales ont adressé une lettre commune à Matignon, demandant un entretien avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu.

Sur l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin, les sapeurs-pompiers professionnels exercent leurs missions dans des conditions de plus en plus difficiles : effectifs insuffisants, manque d’anticipation, financements sous pression et organisation à bout de souffle. Anthony Chauveau, représentant UNSA du SDIS d’Indre-et-Loire, souligne que « très régulièrement, des camions partent dans des secteurs volontaires avec trois hommes au lieu de six en intervention incendie », mettant ainsi en danger à la fois les pompiers et les citoyens à secourir.

L’agglomération tourangelle compte 181 pompiers professionnels pour 150 pompiers volontaires, réalisant environ 20 000 interventions par an. À Orléans, les pompiers respectent le code général de la collectivité territoriale, mais la lassitude des agents face à des interventions non adaptées à leur formation est palpable. Jérôme Sanfilippo, vice-président de la fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels, déplore que « beaucoup d’interventions ne sont pas de notre ressort », ce qui ajoute à la pression sur des effectifs déjà réduits.

Les syndicats rappellent dans leur lettre que « ces difficultés financières ne portent pas seulement atteinte à la sécurité des sapeurs-pompiers, elles menacent aussi celle des citoyens, notamment dans les territoires ruraux ». Dans ces zones, les délais d’intervention s’allongent, aggravés par le manque de pompiers volontaires disponibles.

La question du financement est cruciale. Les SDIS sont généralement financés par les départements et les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Dans certaines régions, il existe des déséquilibres financiers qui mettent en péril la sécurité civile. Sanfilippo souligne qu’« il faut lever les tabous » concernant un système de sécurité civile qui, selon lui, « est complètement essoufflé ».

En Eure-et-Loir, le service de secours est financé à 54 % par le département. Dans le Loiret, ce chiffre est de 50 %, avec un budget avoisinant les 70 millions d’euros. Les contributions des collectivités sont souvent déterminées par l’inflation, ce qui peut obliger les départements à puiser dans leurs réserves.

Les organisations syndicales insistent sur l’urgence d’agir et demandent une réforme du financement des services de sécurité civile pour éviter les disparités entre les territoires. Elles réclament également une nouvelle loi de modernisation de la sécurité civile, plus de vingt ans après celle de 2004.

La situation actuelle a des conséquences sur le métier de sapeur-pompier, qui attire de moins en moins de jeunes. Selon les syndicats, environ 40 % des candidats ne se présentent pas à la première journée du concours. Les pompiers volontaires, qui représentent environ 67 % des pompiers en intervention, sont également touchés par une baisse d’engagement, exacerbée par des conditions de travail difficiles.

Les syndicats espèrent que leur lettre sera un déclencheur pour un véritable dialogue avec le gouvernement. « On se bat pour nous, mais aussi pour le citoyen », conclut Sanfilippo, soulignant l’importance d’un système de sécurité civile efficace et adapté.

Source : France Télévisions

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