
Faut-il décarboner des usines qui ferment ? Les mésaventures de Michelin en Bretagne
À Vannes, le groupe Michelin a inauguré une station d’hydrogène en janvier 2024 pour décarboner le processus industriel de son usine. Cependant, moins d’un an après, l’industriel a annoncé la fermeture de cette unité, soulevant des interrogations sur l’avenir de la décarbonation dans un contexte de désindustrialisation.
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Le 5 novembre 2024, Michelin a informé ses employés de Cholet et de Vannes de l’arrêt de la production sur ces sites d’ici à 2026. La fermeture de l’usine vannetaise, qui concentrait environ 299 emplois, menace également l’avenir de la station d’hydrogène vert HyGO, qui était censée contribuer à la décarbonation de la fabrication des pneus.
Cette décision remet en question la viabilité de la station HyGO, principale consommatrice de l’hydrogène produit sur le site, et soulève des doutes sur la pérennité des écosystèmes territoriaux basés sur l’hydrogène.
La ruée vers l’hydrogène de la décennie 2010
Malgré son éloignement des grands axes de transport et sa faible industrialisation, la Bretagne a vu émerger des projets d’hydrogène à la fin des années 2010. En 2018, un Plan national de déploiement de l’hydrogène a été lancé, visant à décarboner l’industrie et à soutenir l’innovation.
Cependant, les initiatives locales restent souvent à l’état de projets. En Ille-et-Vilaine, peu d’entre elles ont dépassé le stade des études de faisabilité. La feuille de route hydrogène renouvelable de la région, publiée en 2020, a mis en avant le potentiel maritime et les mobilités, mais les projets concrets, comme celui de Michelin, sont rares.
Les promesses locales du projet HyGO
Depuis 1963, l’usine de Vannes utilisait de l’hydrogène gris, issu du vaporeformage de gaz naturel. Michelin a cherché à réduire son empreinte carbone en s’associant à des acteurs de l’énergie. En 2020, la société HyGO a été créée pour produire de l’hydrogène vert via un électrolyseur alimenté par de l’électricité renouvelable.
Ce système était capable de produire 270 kilos d’hydrogène vert par jour, mais Michelin ne consommait que 40 à 70 kg par jour, laissant la station en quête de débouchés.
La fermeture de l’usine, coup d’arrêt au projet ?
L’annonce de la fermeture de l’usine a été qualifiée de « journée noire » pour Vannes par le maire David Robo. Les raisons évoquées par le PDG de Michelin, Florent Menegaux, incluent la concurrence chinoise et l’augmentation des coûts de production en Europe.
Bien qu’aucun lien n’ait été établi entre la fermeture et le coût de l’hydrogène renouvelable, le projet HyGO se retrouve en difficulté. Les perspectives d’usage de l’hydrogène pour la mobilité dans la région sont limitées, et aucune initiative n’a été prise pour intégrer l’hydrogène produit localement dans les transports urbains.
Désintérêt de l’État pour la filière ?
Le futur d’HyGO semble incertain, et certains acteurs appellent à des aides nationales pour rendre l’hydrogène plus accessible. Cependant, le soutien étatique a diminué, avec une recentralisation sur les usages jugés essentiels pour la décarbonation industrielle.
Cette situation souligne un paradoxe : alors que l’hydrogène est soutenu au niveau national, la fermeture d’une usine clé remet en question la stratégie de décarbonation dans un contexte où la transition énergétique est de plus en plus nécessaire.
Conclusion
La fermeture de l’usine Michelin à Vannes met en lumière les défis de la décarbonation dans un secteur industriel en déclin. L’avenir de la station d’hydrogène et, plus largement, celui des écosystèmes d’hydrogène en Bretagne, reste incertain face à un manque d’usage identifié et à un soutien étatique hésitant.
Source : France Bleu, The Conversation






