
Kitsch, rock et bidouille : des drag queens et kings poitevins optent pour la récup’
Poitiers (Vienne), reportage
Dans un appartement-atelier aux murs décorés de créations colorées, Tess, alias Pepper, artiste drag à Poitiers, fait preuve d’un talent remarquable pour l’upcycling. Depuis cinq ans, elle transforme des matériaux récupérés en costumes audacieux, mêlant esthétique punk et engagement écologique. Les étagères de son atelier, fixées avec des ceintures de judo, et le mobilier repeint témoignent de son goût pour la récup’.
Pepper fait partie de La Coloc drag, un collectif de dix artistes qui défendent une approche artistique écoresponsable. « Kitsch, rock et bidouille », définit-elle son univers. Son parcours dans le drag a débuté pendant le confinement de 2020, inspiré par l’émission « RuPaul’s Drag Race ».
Aujourd’hui, à 30 ans, Pepper présente ses créations lors de spectacles variés, allant des afterworks aux soirées techno. Sa tenue préférée, une robe patchwork en jean ornée de morceaux de tissu, a nécessité plus de vingt heures de travail. « J’ai toujours eu l’habitude de récupérer des trucs », explique-t-elle, évoquant les vêtements de ses proches qu’elle a transformés.
Récemment, Pepper et trois membres de son collectif se sont réunis pour un atelier couture, préparant un show sur le thème de Shrek. Ce processus créatif est également l’occasion de partager des techniques de couture recyclées, comme l’utilisation de partitions de musique pour créer des patrons.
Le collectif met en avant des valeurs écologiques et éthiques. « On prône l’upcycling et la récup’ », précise Pepper, ajoutant que la plupart des membres sont végans. Cependant, la précarité financière est un défi constant. Comme de nombreux artistes drag en France, Pepper dépend d’un revenu de solidarité active et de petits boulots dans la restauration. Selon Apolline Bazin, journaliste et autrice, 80 % des artistes drag ont une autre source de revenus, et une partie d’entre eux vit sous le seuil de pauvreté.
Malgré ces défis, Pepper refuse de céder à la fast-fashion. Elle transforme des objets du quotidien en costumes uniques, tout en reconnaissant la pression exercée par des normes esthétiques croissantes, notamment celles véhiculées par des émissions comme « Drag Race France ».
Pepper et ses collègues aspirent à créer des costumes réutilisables, mais cela nécessite une inventivité constante. « Sur la question de la fast-fashion, le drag peut être un espace de résistance », conclut Miumium, un autre membre du collectif.
Ce mouvement artistique à Poitiers illustre comment le drag peut servir de plateforme pour l’expression créative tout en abordant des enjeux environnementaux et sociaux.
Source : Reporterre





