Clavicular : comment Kick et le clipping ont créé une star toxique

Clavicular : Comment Kick et le clipping ont créé une star toxique

Comment expliquer que des personnalités inconnues, issues de la manosphère, percent en quelques mois pour devenir des figures médiatiques ?

Accidents de Cybertruck, abattage d’alligator, overdose en live, salut nazi en compagnie d’Andrew Tate et de Nick Fuentes… En l’espace d’un an et demi, Braden Eric Peters, alias Clavicular, est devenu une figure médiatique controversée. Ce phénomène n’est pas le fruit du hasard.

Vache à LOL virale

Depuis mars 2026, Clavicular, streameur sur la plateforme Kick, a fait l’objet d’articles et d’interviews dans des médias mainstream tels que Daily Wire, New York Times, Guardian, GQ, et France Inter. Il représente une sous-culture masculiniste toxique, celle des lookmaxxers. Pour se conformer à un idéal de beauté, il a commencé à se faire des injections de testostérone et à se frapper le visage à coups de marteau dès l’âge de 14 ans. Ses premières interviews sont souvent catastrophiques, soulignant sa vacuité culturelle. Selon Becca Rothfeld du New Yorker, il atteint une « excellence technique au détriment du charisme érotique ». Clavicular est rapidement perçu comme un « lolcow », un personnage pathétique que l’on regarde pour mieux le détester.

Malgré ce parcours fulgurant, ses audiences restent modestes. Sur l’ensemble de ses réseaux sociaux, il compte moins de 1,7 million d’abonnés cumulés, ce qui le classe comme un influenceur de niveau intermédiaire. En streaming, il atteint une moyenne de 8 000 viewers par session, loin des 45 000 d’Ironmouse, une streameuse populaire sur Twitch. Ces chiffres ne suffisent pas à expliquer sa viralité, qui repose sur un sous-système médiatique en pleine expansion : l’industrie du clipping.

À vos bancs de montage

Le clipping est devenu l’unité de contenu de base de notre environnement médiatique. Il s’agit de vidéos montrant des extraits choisis et décontextualisés d’un autre contenu, diffusés par des créateurs de l’ombre, appelés clippeurs. Ce phénomène a émergé à partir de 2021, lorsque les plateformes en ligne ont modifié leurs algorithmes pour privilégier l’engagement et le temps de visionnage.

En 2026, cette dynamique permet l’émergence d’une nouvelle classe de créateurs de contenu qui prospèrent grâce à l’optimisation algorithmique. Par exemple, l’influenceur politique Hassan Piker génère 30 000 viewers simultanés sur Twitch, mais ses clips atteignent 700 000 vues en moyenne. Clavicular pratique le « click farming », en enchaînant les scandales lors de ses lives pour maximiser la diffusion de ses frasques.

Les clippeurs, souvent des jeunes hommes basés en Afrique, en Asie ou en Europe de l’Est, montent des vidéos à la chaîne pour tirer profit de la viralité. Andrew Tate a été l’un des premiers à industrialiser ce phénomène via une plateforme d’abonnement pyramidale, incitant ses abonnés à produire massivement des clips.

Kick a tout compris

La plateforme Kick a intégré le clipping à son modèle économique dès 2025. Le programme Kick Clipping permet à des monteurs amateurs d’éditer et de partager des extraits de streams sur diverses plateformes. Les incitations financières sont attractives, avec un CPM de 30 dollars pour mille vues, beaucoup plus élevé que le TikTok Creator Fund.

Dès son arrivée sur Kick, Clavicular comprend cette mécanique et l’exploite à l’extrême, transformant chaque live en une fabrique de moments clippables. En quelques mois, il devient le streamer avec le plus grand nombre de clippeurs actifs sur la plateforme, générant 69 550 clips et 2,2 milliards de vues en un seul mois, avec des paiements dépassant 950 000 dollars à ses clippeurs.

D’autres streameurs, comme N3on, ont également constitué des armées de clippeurs, illustrant une tendance où le clipping dépasse le phénomène organique pour devenir une ligne budgétaire permettant de booster la visibilité des streameurs, indépendamment de leur charisme.

Source : L’ADN

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