
Musellement des journalistes : le cas de Vincent Bolloré et des clauses de silence
Avant de mettre au pas des pans entiers de l’édition et du cinéma, Vincent Bolloré a transformé des médias en instruments de propagande au service de l’extrême droite. Des centaines de journalistes ont dû signer des clauses de silence qui les empêchent de critiquer ou d’enquêter sur des sujets liés à leur ex-employeur. Le média indépendant Splann ! s’associe aux syndicats, associations et médias qui s’élèvent contre cette entrave à la liberté d’informer.
En 2015, Vincent Bolloré acquiert le groupe Canal+. Peu après, il supprime des émissions emblématiques telles que Les Guignols de l’Info, L’effet Papillon et Spécial Investigation. Cette situation pousse de nombreux journalistes à quitter le groupe, dont Jean-Baptiste Rivoire, rédacteur en chef adjoint de Spécial Investigation, qui est mis à l’écart.
Après plusieurs années de négociations, Rivoire signe un accord de rupture qui inclut une clause de silence interdisant aux anciens employés de critiquer publiquement leur ex-employeur et ses cadres, et ce, à vie. Selon une enquête d’Arrêt sur Images publiée en 2023, ces clauses toucheraient plusieurs centaines de journalistes en France.
Jean-Baptiste Rivoire a dénoncé l’interventionnisme de Bolloré dans les médias lors d’une enquête réalisée par Reporters sans frontières. En conséquence, Canal+ l’a poursuivi pour violation de cette clause. En février 2024, le conseil de prud’hommes de Boulogne-Billancourt a donné raison à l’ex-employeur, condamnant Rivoire à verser plus de 150 000 euros.
La Cour d’appel de Versailles doit rendre son délibéré le 20 mai 2024. Une confirmation de la condamnation serait un signal inquiétant pour l’équilibre des droits entre salariés et employeurs et pour la liberté d’informer, déjà fragilisée par la concentration des médias.
Ces clauses de silence, appliquées à un conglomérat et sans limitation temporelle, restreignent la liberté d’expression des journalistes et entravent la liberté de la presse. La question se pose : est-il acceptable qu’un milliardaire puisse modeler le paysage médiatique à son avantage tout en muselant ses salariés, alors que les informations concernées sont d’intérêt public ? Cela soulève des enjeux cruciaux pour le droit des citoyens à être informés.
Les signataires de la déclaration de soutien à Rivoire dénoncent l’usage de telles clauses par le groupe Vivendi, avertissant des conséquences graves pour l’ensemble de la profession.
Source : Arrêt sur Images, Reporters sans frontières




