Rencontre avec Geert Lenssens, l'avocat belge qui s'attaque aux PFAS

Rencontre avec Geert Lenssens, l’avocat belge qui s’attaque aux PFAS

Le 26 février, une audience de trois jours s’est achevée devant un tribunal de première instance à Anvers, concernant une action civile intentée par 1 400 habitants de Zwijndrecht. Les plaignants attendent de savoir si la pollution au PFAS émanant de l’usine 3M, située à plusieurs kilomètres, constitue une « nuisance excessive pour le voisinage ».

Geert Lenssens, avocat reconnu dont le père Jan a été ministre flamand de l’environnement, s’appuie sur une victoire de 2023 où il avait défendu une famille de la région. Il espère obtenir réparation pour les résidents, dont plusieurs ont été testés positifs à des niveaux élevés de « produits chimiques éternels » dans leur sang.

Les juges rendront leur décision le 24 novembre 2026 concernant l’étendue du « voisinage » affecté, ayant demandé aux parties de lister tous les plaignants dans un rayon de 15 kilomètres autour de 3M.

Lenssens compare sa stratégie à une « fusée à plusieurs étages », où la première étape consiste à prouver l’existence d’une nuisance anormale. La deuxième étape impliquerait une affaire pénale, permettant aux victimes de demander des dommages et intérêts, tandis que la troisième serait une action civile pour faute si l’affaire pénale échoue.

Le succès de l’affaire de 2023, où une famille a reçu une indemnisation symbolique de 2 000 euros, a incité la formation d’un groupe citoyen, « Darkwater 3M », pour un recours collectif contre l’entreprise.

Bien que l’étendue des dommages ne soit pas encore mesurable, Lenssens considère les 20 000 euros demandés par plaignant comme un simple acompte. 3M a déjà été reconnue responsable de pollution au PFAS, s’engageant à verser environ 571 millions d’euros pour réparer les dommages environnementaux en Belgique.

Lenssens souligne que le site doit être nettoyé, un processus prévu pour durer quatre ans, soulevant des questions sur la responsabilité de 3M en cas de baisse de la valeur immobilière due à la pollution.

Concernant les problèmes de santé liés aux PFAS, Lenssens indique que même sans condamnation pénale, des actions civiles pour faute pourraient être envisagées. Il note déjà des cas de maladies et de décès, mais souligne que des enquêtes approfondies sont nécessaires avant d’engager de futures poursuites.

Il estime que le nombre de plaignants pourrait facilement dépasser 100 000 personnes, avec 45 000 résidents vivant dans un rayon de 5 km de l’usine. Près de la moitié des 8 568 habitants dans ce périmètre présentent des niveaux dangereux de PFAS dans le sang.

La région d’Anvers, la plus peuplée de Belgique, abrite également un important pôle industriel chimique, avec 900 entreprises, dont 3M était la seule productrice de PFAS. Bien que 3M ait cessé sa production l’année dernière, des groupes militants avertissent que cela ne met pas fin à l’utilisation des PFAS.

Lenssens critique les arguments de 3M, qui prétend que la présence de PFAS dans le sang est généralisée en Belgique, et appelle à une reconnaissance de la responsabilité des pollueurs.

« Le temps où les entreprises pouvaient faire ce qu’elles voulaient est révolu », conclut-il.

Source : Euractiv

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