
Pollution à la dioxine à Lausanne : l’étude jugée « non concluante » par des experts européens
Les conclusions d’une étude sanitaire sur l’impact de la pollution à la dioxine à Lausanne, initialement considérées comme rassurantes par les autorités, sont désormais remises en question par des scientifiques de renommée internationale, selon une enquête de l’émission Temps Présent de la RTS.
Lausanne est confrontée à une contamination significative aux dioxines, des substances cancérogènes issues de l’ancien incinérateur du Vallon. Des analyses ont révélé des taux de dioxines dans le sol dépassant jusqu’à 32 fois les normes fédérales. En réponse aux préoccupations des résidents, certains d’entre eux ayant développé des cancers qu’ils attribuent à cette pollution, une étude d’imprégnation a été commandée à Unisanté par le Département cantonal de la Santé.
Cette étude a impliqué 100 résidents lausannois, répartis en deux groupes : un groupe « exposé », consommant des légumes et des œufs provenant de jardins contaminés, et un groupe de « contrôle », se nourrissant de produits du commerce. Bien qu’une différence de 21 % de dioxine dans le sang ait été observée chez le groupe exposé, Unisanté a jugé cette différence « non significative », concluant à un « risque de cancer minimal ». Cette annonce a été accueillie avec soulagement par les autorités, le médecin cantonal de l’époque, Karim Boubaker, affirmant que les Lausannois n’étaient « pas plus confrontés aux dioxines qu’ailleurs ».
Cependant, le Professeur Alfred Bernard, toxicologue belge ayant travaillé sur la crise de la dioxine en Belgique en 1999, a qualifié l’étude de « scientifiquement non fondée » et « non concluante ». Sa principale critique porte sur le mélange des participants dans le groupe « exposé », ce qui aurait « dilué l’exposition ». Le docteur Agostino di Ciaula, spécialiste des pollutions industrielles, a également critiqué le choix du groupe de contrôle, suggérant qu’il aurait été plus pertinent de comparer les habitants exposés à un groupe non exposé hors de Lausanne. Il a qualifié l’échantillon de 100 participants de « très faible », ce qui limite la possibilité de trouver des différences significatives.
Ces critiques soulèvent des questions sur la décision des autorités de ne pas approfondir les recherches sur l’incidence du cancer chez les Lausannois. Le contrat entre le Canton et Unisanté stipulait que des investigations supplémentaires ne seraient menées qu’en cas de « différence significative », ce qui remet en cause la validité des conclusions de l’étude.
La médecin cantonale adjointe, Stéphanie Boichat Burdy, a défendu la validité de l’étude, tout en reconnaissant ses limites. Natacha Litzistorf, municipale en charge de l’Environnement, a également exprimé sa confiance dans les chercheurs d’Unisanté tout en restant ouverte à d’autres expertises scientifiques.
Les résultats de l’étude d’imprégnation ont été publiés dans le International Journal of Hygiene and Environmental Health et mettent en lumière le rôle de la consommation d’œufs dans la contamination à la dioxine.
Source : RTS (Radio Télévision Suisse), 3 octobre 2025.






