Mayotte : pourquoi plus de 15 000 enfants sont privés d’école dans l’archipel ?

Mayotte : Plus de 15 000 enfants privés d’école dans l’archipel

À Mayotte, plus de 15 000 enfants sont actuellement exclus du système scolaire, alors que les enseignants expriment leur désespoir face à un système éducatif en crise. Depuis le 21 avril, les syndicats d’enseignants de l’île ont déclenché une grève pour protester contre la suppression de 90 postes annoncée par le rectorat. Selon Rivomalala Rakotondravelo, secrétaire départemental de la FSU Mayotte, ce mouvement vise à dénoncer « le manque de moyens humains ou de politique » qui affecte le système éducatif de l’archipel.

L’éducation, bien que gratuite et obligatoire de 3 à 16 ans, reste inaccessible pour une part significative de la jeunesse mahoraise. Benoît Hamon, président du réseau d’économie sociale et solidaire français (ESS France), a qualifié l’État de « démissionnaire » vis-à-vis de ses « missions fondamentales » lors d’une intervention sur France Inter le 22 avril.

Dans un archipel où 60,2 % de la population a moins de 25 ans, environ un enfant sur huit en âge d’être scolarisé ne l’est pas, selon un rapport de l’Observatoire de la non-scolarisation à Mayotte, publié en janvier. Ce déficit de scolarisation est en partie dû à des obstacles administratifs. Human Rights Watch a révélé que certaines communes imposent des exigences d’inscription bien supérieures à celles prévues par le code de l’éducation, comme des actes de naissance récents, des justificatifs de sécurité sociale à jour, et des avis d’imposition récents.

À Mayotte, où huit enfants sur dix vivent dans la pauvreté, ces exigences engendrent des coûts supplémentaires que de nombreuses familles ne peuvent pas supporter. De plus, près d’un habitant sur deux est étranger et un tiers est en situation irrégulière, ce qui complique davantage l’accès à l’éducation. La peur des contrôles d’identité aux abords des écoles dissuade de nombreux parents d’y accompagner leurs enfants.

La situation a été exacerbée par le cyclone Chido, qui a frappé l’île en décembre 2024. Un rapport d’UNICEF indique qu’environ 40 % des établissements scolaires ont été détruits. En janvier, près de 10 000 élèves étaient scolarisés dans des structures provisoires, avec des conditions d’apprentissage dégradées.

Depuis plus de vingt ans, le système de « rotation » est utilisé dans le primaire en raison du manque de salles de classe, ce qui signifie que certains élèves n’ont cours qu’une demi-journée. Avant même le cyclone, près de 15 000 enfants étaient déjà privés d’une journée complète d’enseignement.

La loi pour la refondation de Mayotte, votée en été 2025, vise à mettre fin à ces dispositifs d’ici 2031 et a prévu la création d’un fonds de 100 millions d’euros pour soutenir la reconstruction. Cependant, des retards dans le versement des fonds ont été signalés, ce qui empêche les communes de payer les entreprises engagées dans les chantiers de reconstruction. En conséquence, certaines écoles doivent organiser jusqu’à cinq rotations quotidiennes.

Enfin, la majorité des établissements scolaires de Mayotte ne disposent pas de cantine. Seule une collation est proposée aux familles pouvant payer une cotisation annuelle de 30 à 50 €. Pour beaucoup d’enfants issus de bidonvilles, cette collation représente souvent leur seul repas de la journée.

Source : La Croix

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