Pas coupables, mais comptables : les descendants d’esclavagistes appelés à réparer

Peut-on hériter d’un avantage issu d’un crime historique sans que cela interroge ? C’est la question qui se pose après qu’un groupe d’organisations patriotiques de Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion a adressé, le 30 avril dernier, une lettre ouverte à des descendants d’esclavagistes pour évoquer la nécessité de réparations matérielles et financières liées à l’esclavage.

Historiquement, les demandes de réparations ont été adressées à l’État français, qui a été le premier interpellé pour reconnaître sa responsabilité à travers des lois mémorielles et des politiques symboliques. En s’adressant directement aux familles de « békés » et de « blancs-pays », ces organisations déplacent le débat du terrain institutionnel vers celui des héritages privés, qu’ils soient économiques, sociaux ou symboliques.

Luc Reinette, président du Comité international des peuples noirs (CIPN), a souligné que cette lettre rappelle que jusqu’en 1849, l’État français a organisé l’esclavage dans ces territoires. En ciblant non seulement l’État mais aussi les familles ayant bénéficié du système esclavagiste, ces collectifs soulèvent la question sensible de la transmission.

Des familles qui contrôlent l’économie locale

Reinette a affirmé que, bien que les descendants ne soient pas coupables, ils sont « quand même comptables » de leur situation sociale et financière, qui découle de siècles d’esclavage et de colonisation. Cette lettre a été accompagnée de courriers adressés directement à des descendants d’esclavagistes, tels que Christian Vivès et Bernard Hayot, figures économiques importantes des Antilles.

Le président du CIPN a déclaré : « Nous demandons qu’ils réparent. Nous sommes sur le même territoire, nous nous croisons mais nous ne nous retrouvons jamais. » Il a souligné que des discussions sur ces réparations sont un préalable à la réconciliation entre les différentes factions qui cohabitent sur ces territoires.

Les inégalités structurelles

Les organisations impliquées rappellent qu’après l’abolition de l’esclavage en 1848, l’État français a choisi d’indemniser les anciens propriétaires d’esclaves, et non les personnes réduites en esclavage. La loi du 30 avril 1849 a prévu une compensation de 126 millions de francs or, équivalente à environ 27 milliards d’euros aujourd’hui, versée aux propriétaires esclavagistes.

Cette indemnisation a permis à certaines familles de préserver et de consolider leur patrimoine, exacerbant les inégalités économiques et sociales encore visibles dans ces territoires. Les militants et intellectuels antillais soulignent que de nombreuses terres et secteurs économiques restent concentrés entre les mains de familles héritières de fortunes issues de l’esclavage.

Conséquences économiques

Les inégalités demeurent criantes, avec des taux de pauvreté atteignant 26,8 % en Martinique, 34,5 % en Guadeloupe, 36,1 % à La Réunion, 52 % en Guyane, et plus de 77 % à Mayotte, selon les derniers chiffres de l’Insee. En Guadeloupe, le taux de chômage des jeunes est d’environ 30 %, soit trois fois plus élevé qu’en France métropolitaine.

Ces disparités soulignent l’urgence de résoudre les questions économiques et sociales en lien avec les réparations de l’esclavage.

Source : France 24

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