La colonie des collabos : épisode 3/8 du podcast Sigmaringen, le crépuscule des bourreaux
Alors que la libération gagne du terrain, celles et ceux qui ont soutenu le régime de Vichy s’organisent pour fuir. Des centaines de Français prennent le chemin vers Sigmaringen, regroupant à l’automne près de 1500 personnes. Ce petit bourg régional allemand devient alors la plaque tournante de cet exil français. Dans ce troisième épisode, Philippe Collin et ses intervenants décrivent la vie de cette bourgade allemande submergée par des milliers de collabos français.
La vie quotidienne des civils exilés, entre survie et idéologie
Nous sommes plongés dans un spectacle étrange où affluent familles, journalistes, fonctionnaires, artistes, miliciens et sportifs. Dans ce bourg de 7000 habitants, l’arrivée des réfugiés crée une situation d’entassement insupportable. La plupart sont mal logés et mal nourris dans les auberges et hôtels de la ville. Leur réputation épouvantable installe suspicion et crainte auprès de la population locale.
Ces exilés entretiennent l’illusion d’une unité au service d’une « France éternelle », alors que la réalité les plonge chaque jour davantage dans l’infamie. Des intellectuels collaborationnistes comme Lucien Rebatet animent des conférences sur une « Europe nouvelle » sous domination allemande, l’unique obsession étant le retour au pays et la haine farouche de la République.
Le rôle de Louis-Ferdinand Céline à Sigmaringen, le médecin revanchard
Au sein de cette communauté d’exilés, Louis-Ferdinand Céline se distingue. Arrivé début novembre 1944 avec sa femme Lucette, il bénéficie d’un statut privilégié et loge à l’hôtel Löwen. Contrairement à Pétain ou Laval, Céline est venu de son plein gré, nommé officiellement médecin de la colonie.
En attendant de franchir la frontière suisse, il se complait à se faire, comme dans son roman « Voyage au bout de la nuit », le prophète du pire et de la décadence, rompant les illusions de ses compatriotes. Son expérience à Sigmaringen est au cœur de sa fiction politique « D’un château l’autre », publiée en 1957, où il construit un contre-discours du point de vue des vaincus, inversant les valeurs de l’histoire.
Intervenants :
- Pierre Assouline, écrivain et journaliste
- Renaud Meltz, historien
- Bénédicte Vergez-Chaignon, historienne
- Odile Roynette, historienne
Équipe :
- Récit et production : Philippe Collin
- Réalisation : Violaine Ballet
Source : Podcast « Sigmaringen, le crépuscule des bourreaux ».


