Malgré les coûts que cela représente, ces couples choisissent de vivre séparément
En France, 7 à 8 % des couples ont fait le choix de vivre séparément.

En France, 7 à 8 % des couples ont fait le choix de vivre séparément.

EN BREF
Le phénomène des « célicouples » gagne en popularité, notamment chez les 45-65 ans.
Ce mode de vie permet, pour ceux qui l’adoptent, de préserver indépendance et liberté.
Marianne et Valentin ont choisi de vivre séparément, malgré les défis financiers, pour améliorer leur relation.

COUPLE – À l’image de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre, de plus en plus de couples décident de ne pas vivre sous le même toit. Selon les dernières données de l’Inserm, 7 à 8 % des couples français ont fait ce choix, un phénomène appelé aussi « célicouple ». Selon l’Institut National d’Études Démographiques (INED), ce sont principalement les 45-65 ans (22 %) qui adoptent ce mode de vie, bien plus que les 26-30 ans, dont 68 % préfèrent vivre en ménage.

Pour les « célicouples », il faut avoir les moyens et la possibilité d’avoir deux logements. C’est le cas d’Ingrid* et Florian*, 39 et 42 ans. En couple depuis bientôt 3 ans, ils sont tous deux divorcés et parents. En tout, ils ont six enfants et deux maisons, une « vie qui sort de l’ordinaire », selon les mots d’Ingrid. Son conjoint est marin et ils se voient quand il est à terre, environ un tiers de l’année. Elle vit en région parisienne, lui dans le Finistère.

Cette organisation à 600 km de distance n’est pas sans contraintes, notamment financières. « Si nous habitions ensemble, nous n’aurions qu’un remboursement immobilier au lieu de deux et des charges en moins. Nous économiserions beaucoup en déplacements. Ça nous coûte beaucoup plus cher », reconnaît-elle. Mais pour Ingrid, préserver son indépendance et sa sécurité passe avant tout.

« Il est souvent difficile pour les femmes de quitter un mariage, même malheureux, pour des questions financières, souligne-t-elle. Il y a quelques années mes parents m’ont aidée. Ils ont loué un appartement pour moi quelques mois. Aujourd’hui, j’ai une maison qui m’appartient. Et pour moi, c’est extrêmement important. » Lorsqu’elle s’est mise en couple avec Florian, ils sont tous les deux tombés d’accord « naturellement » sur le fait de garder chacun son domicile.

« On n’avait pas du tout le même rythme »

Marianne* et Valentin*, 33 et 32 ans, sont en couple depuis deux ans et demi. Six mois après leur rencontre en 2023, Valentin, qui vivait en colocation, a dû quitter son appartement. « C’était hyper compliqué pour lui de trouver un logement solo à Paris, qui ne soit pas super cher et insalubre, se souvient-elle. Vu qu’on se voyait tout le temps, je lui ai proposé de venir vivre chez moi.» Il s’installe alors avec elle, dans son appartement de 35 m2.

À ce moment-là, cette nouvelle organisation les arrange tous les deux : c’est une période où Marianne a moins de travail et s’inquiète un peu. « On a tous les deux fait ce choix pour des raisons financières », résume-t-elle. Très vite, malgré toute leur volonté commune que les choses se passent bien, Marianne se sent « envahie » par la présence de Valentin. « On n’avait pas du tout le même rythme, lui était salarié et moi indépendante, raconte-t-elle. Quand il rentrait à 19 heures, je le vivais comme une intrusion. »

Si elle reconnaît ne pas lui avoir laissé assez de place, Marianne estime néanmoins que Valentin ne prend pas sa part de responsabilité dans la gestion de la charge mentale liée à l’appartement. « Ça m’énervait, j’avais l’impression de tout faire, ce qui a donné lieu à des disputes », décrit-elle. Leur quotidien devient « pesant ». « Une situation qui pouvait paraître confortable me mettait en fait dans un inconfort absolu », résume-t-elle.

Dans un état d’anxiété généralisé, Marianne finit par demander à Valentin de partir, même si cela signifie par ailleurs de « se mettre dans la merde » financièrement. Au départ, elle envisage une séparation, mais Valentin lui propose de rester en couple sans habiter ensemble. « Au début, j’étais un peu sceptique, je me disais que si la vie à deux ne marchait pas, cela voulait dire qu’on ne s’aimait pas, se rappelle-t-elle. Mais avec le recul, il avait grave raison. » Leur niveau de vie a baissé, mais ça les a poussés à trouver des solutions chacun de leur côté.

« Ensemble par choix et non par obligation »

Si la coordination n’est pas toujours simple, le mode de vie d’Ingrid et Florian leur convient. « Pour nous, c’est l’assurance de garder une certaine liberté, détaille-t-elle. Celle de ne pas rester avec quelqu’un par contrainte financière. Nous sommes ensemble par choix et non par obligation. » Elle a ses enfants de 7 et 10 ans une semaine sur deux, il a les siens, de 19, 15 et 12 ans, un weekend sur deux et la moitié des vacances.

À huit personnes, cela demande tout de même organisation et souplesse. « Je me déplace beaucoup pour le travail, nos calendriers ne sont pas toujours bien alignés, reconnaît Ingrid. Quand nous sommes ensemble, ils s’articulent autour des enfants principalement. » La maison de Florian est devenue sa maison pour les week-ends et les vacances. Ce mode de vie leur permet aussi d’avoir des moments pour eux. « J’ai besoin de périodes où je me retrouve seule, où je m’organise comme je veux sans me soucier de l’autre, souligne-t-elle. Et aussi de pouvoir m’occuper exclusivement de mes enfants parfois, sinon j’ai le sentiment de passer à côté d’eux. »

Depuis 6 mois, Marianne et Valentin vivent chacun chez soi, pas très loin l’un de l’autre. « J’aime bien prévoir quand on se voit, changer de cadre de vie et aller chez l’un ou l’autre, casser la routine, se réjouit-elle. On est toujours heureux de se retrouver. » Quelques interrogations subsistent : « Parfois je me demande si on pourra un jour être amenés à vivre ensemble, si je peux vivre avec quelqu’un tout court, si j’ai besoin de ça, finalement ? se demande Marianne. Si on souhaite fonder une famille, comment on fera ? Ça doit forcément exister, mais vu qu’on n’a pas de modèles, on ne sait pas trop comment faire. »

* Les prénoms ont été modifiés

Source : Inserm, INED

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