
Cette aide financière est-elle devenue « injuste » pour les communes de Sophia Antipolis ?
C’est un serpent de mer budgétaire qui refait surface à chaque printemps. Au sein de la Communauté d’agglomération Sophia Antipolis (Casa), le gel du montant des attributions de compensation inquiète certains élus. À Valbonne, le cri d’alarme est clair : l’inflation ronge inexorablement les recettes de la commune.
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L’alerte est venue des bancs de l’opposition, début avril 2026, lors du rapport d’orientation budgétaire. Marc Daunis a pointé du doigt une situation devenue périlleuse : « On constate que la moitié de nos recettes, constituée par la dotation de la Casa, est gelée. Et elle le restera ad vitam æternam au même niveau. » Ce niveau est une enveloppe d’environ 16 millions d’euros, immuable année après année.
« Cette attribution a perdu la moitié de sa valeur »
Pour comprendre ce blocage, il faut remonter à 2002. À l’époque, cette « attribution de compensation », signée d’un commun accord entre les communes, est créée pour contrebalancer le transfert de la taxe professionnelle vers l’agglomération. Une somme vitale pour Valbonne qui, comme le rappelle le maire Joseph Cesaro, constituait 70 % de ses recettes.
Aujourd’hui, la commune, principal poumon économique de la technopole, reste la deuxième mieux dotée du territoire, derrière Antibes (19 millions d’euros) et devant Biot (5 millions d’euros). Mais ce qui ressemblait à une garantie de stabilité est devenu, avec le temps, un véritable carcan financier.
Le problème est mathématique : si la recette est fixe, la réalité économique, elle, est mouvante. Entre les crises successives et la flambée des prix, le décalage devient critique. « Cette somme a perdu la moitié de sa valeur, tandis que 100 % de nos dépenses subissent l’inflation », calculait l’adjoint aux finances. Face à cette érosion du pouvoir d’achat de la commune, l’édile ne cache pas son fatalisme. L’équation budgétaire risque de devenir insoluble : « Si l’on n’y prend pas garde, les dépenses finiront par dépasser nos recettes. » Un « effet ciseaux » qui aurait pour conséquence une coupe obligatoire dans les dépenses, « car une commune ne peut, contrairement à l’État, être déficitaire ».
« La situation paraît injuste d’un point de vue fiscal »
Face à ce constat, une question s’impose : cette attribution peut-elle être revalorisée pour coller à la réalité de 2026 ? Sur ce point, les avis divergent. Pour Joseph Cesaro, la porte est fermée à double tour. Selon lui, « les textes réglementaires ne permettent pas de revenir dessus ».
Pourtant, le ton est plus nuancé du côté de la Casa et de la mairie de Biot. Jean-Pierre Dermit, l’édile, observe la situation avec un mélange d’intérêt et de prudence. Sa commune a vu son tissu économique s’étoffer au point de rattraper Valbonne, sans pour autant que sa compensation ne bouge d’un iota. « La ville qui a le plus à gagner dans une renégociation, c’est Biot. Mais je n’en serai pas l’initiateur », confie l’édile. Qui admet toutefois : « Mon budget est de 30 millions d’euros par an : si j’avais 10 millions d’euros supplémentaires, je serais le roi du pétrole ! »
Du côté de la collectivité, on marche sur des œufs. Si la remise en cause des attributions n’est pas à l’ordre du jour, l’agglomération observe une marge de manœuvre théorique : « Toute réflexion […] ne pourrait s’envisager qu’à l’échelle de l’ensemble des communes, dans le respect du cadre légal et des contraintes budgétaires. »
Un accompagnement financier difficile à critiquer
Les élus souhaitent-ils réellement ouvrir cette boîte de Pandore ? Car si la dotation fixe grince, l’agglomération reste un partenaire de poids. « Nous avons une technopole très dynamique dont nous récoltons les retombées via les fonds de concours que la Casa nous verse pour nos investissements », tempère le maire de Valbonne.
Même constat du côté de Biot. Jean-Pierre Dermit semble prêt à sacrifier une partie du manque à gagner sur l’autel de la coopération : « Je dois reconnaître que je m’entends très bien avec la Casa et son président, Jean Leonetti. Quand je demande quelque chose pour ma ville, on ne me dit jamais non. L’agglo m’accompagne systématiquement avec des fonds de concours, subventionnant mes projets entre 30 et 35 %. »
Source : Nice Matin


