Aides-ménagères face aux risques professionnels, bataille pour une reconnaissance

Un article réalisé avec le soutien du Fonds pour le Journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Pendant qu’elle répond à nos questions par téléphone, Ewa, 59 ans, évoque les gestes répétitifs de son métier d’aide-ménagère, un travail qu’elle exerce depuis près de 30 ans. D’abord au noir, puis via les titres-services, elle souffre de douleurs persistantes aux mains, poignets et bras, qu’elle attribue à son activité professionnelle. Malgré plusieurs opérations, ses douleurs ne cessent de s’aggraver.

Le long chemin de la reconnaissance

En Belgique, dans le secteur des titres-services, une travailleuse sur cinq est en arrêt maladie, selon les chiffres de Securex de 2023. Ce taux d’absentéisme s’élève à 20,2 %, comparé à 8,2 % dans d’autres secteurs. Les maladies de longue durée sont également plus fréquentes, atteignant 10,4 % contre 3,3 % ailleurs. Pourtant, l’Agence fédérale des risques professionnels, Fedris, reste réticente à reconnaître ces problématiques.

En Belgique, dans le secteur des titres-services, une travailleuse sur cinq est en arrêt maladie.

Pour faire reconnaître une maladie professionnelle, il faut soumettre un dossier à Fedris. En théorie, quelques clics et une attestation médicale suffisent. Cependant, 60 % des dossiers sont rejetés, et pour ceux qui ne figurent pas sur la liste de 150 pathologies reconnues, ce taux grimpe à 90 %. L’opacité des critères de sélection de Fedris complique encore la situation.

Il faut se rendre compte que, lorsqu’elles arrivent dans nos cabinets de première ligne, leurs douleurs sont déjà importantes.

Dans le réseau Médecine pour le Peuple, de nombreuses patientes souffrent de pathologies similaires, principalement des troubles musculosquelettiques (TMS). Une enquête a révélé que les gestes répétitifs et les charges lourdes sont les principales causes de ces douleurs. Beaucoup de femmes prennent des anti-inflammatoires pour gérer ces maux.

Lutte collective

Face à ces refus, le réseau Médecine pour le Peuple a formé un front commun avec les syndicats CSC et FGTB pour faire reconnaître les TMS comme maladies professionnelles. L’objectif est de déposer un maximum de dossiers auprès de Fedris et de faire appel collectivement pour les cas rejetés.

Ce que l’on demande, c’est que Fedris modifie ses critères d’analyse.

Actuellement, chaque dossier est traité de manière individuelle, ce qui représente un coût financier et temporel élevé pour les travailleuses. Les syndicats demandent une analyse collective pour garantir une défense uniforme des dossiers.

Premières pierres d’un grand édifice

Une première rencontre entre Fedris et les syndicats a eu lieu en octobre 2025. Bien que Fedris ait montré une volonté de dialogue, il reste réticent à discuter d’une reconnaissance sectorielle. Les syndicats soulignent que la prévention est essentielle et que des mesures doivent être prises pour réduire le temps de travail et améliorer les conditions salariales.

Quand j’entends le gouvernement qui veut nous faire travailler jusqu’à 67 ans… On peut se forcer, mais à un certain moment, le corps refuse de subir.

Les revendications des aides-ménagères sont claires, mais leur sort reste incertain. La mobilisation collective pourrait être la clé pour faire avancer la reconnaissance de leurs droits et améliorer leurs conditions de travail.

Appel à témoignages

Cet article est le premier d’une série consacrée à la reconnaissance collective des aides-ménagères. Si vous souhaitez témoigner de votre situation, contactez-nous à l’adresse : axellemag @ viefeminine.be

Mis en ligne le 1 avril 2026

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