
Valentina Emiliani : un regard holographique sur le cerveau
Table des matières
Lauréate du prix Irène Joliot-Curie 2026 de la Femme scientifique de l’année, Valentina Emiliani est récompensée pour ses travaux en neurophotonique, à l’interface entre l’optique et les neurosciences.
Au terme du lycée, c’est à la dernière seconde que Valentina Emiliani a décidé de s’inscrire en physique à l’université de Rome, sa ville natale. Ce choix s’est avéré déterminant pour cette lauréate qui dirige désormais le département de photonique et l’équipe Modulation du front d’onde à l’Institut de la Vision. Elle souligne l’importance de cette science qui allie spécialisation et interdisciplinarité.
Des structures quantiques au vivant
Avant de s’intéresser à la biologie, Valentina Emiliani a consacré sa thèse de doctorat, soutenue en 1997, à l’étude de structures quantiques. Elle a ensuite effectué un séjour postdoctoral à Berlin, suivi d’un poste au Laboratoire européen de spectroscopie non linéaire à Florence, où elle a constitué une équipe autour des techniques de microscopie à champ proche.
En 2002, elle s’installe à Paris, où elle développe des techniques de pinces optiques tridimensionnelles pour manipuler des cellules vivantes. En 2004, elle est recrutée au CNRS.
Manipuler la lumière, activer les neurones
L’année suivante, lors d’une école thématique aux États-Unis, elle découvre des techniques utilisant la lumière pour étudier l’activité neuronale. De retour à Paris, elle rejoint le Laboratoire de neurophysiologie et nouvelles microscopies, où elle développe des méthodes pour générer des motifs lumineux capables d’activer sélectivement un ou plusieurs neurones.
Elle utilise d’abord la lumière pour libérer des neurotransmetteurs encapsulés dans des composés chimiques photosensibles, avant d’appliquer sa technique holographique à l’optogénétique, rendant les neurones directement sensibles à la lumière. Cela permet de stimuler de manière ciblée une population neuronale, atteignant une résolution cellulaire in vivo et ouvrant la voie à une analyse fine de la dynamique des circuits neuronaux.
Communauté pluridisciplinaire
Dans les années suivantes, Emiliani et son équipe perfectionnent leurs outils, à l’origine de plusieurs brevets et savoir-faire. Elle souligne l’importance de la collaboration entre spécialistes de différentes disciplines. En 2019, elle rejoint l’Institut de la Vision pour appliquer ses techniques de microscopie à des problématiques biologiques.
Actuellement, elle poursuit des travaux sur l’étude fondamentale de la vision ainsi que sur des projets d’application de l’holographie et de l’optogénétique liés à des traitements de restauration de la vision.
Encourager la curiosité scientifique
Valentina Emiliani interprète son prix comme une validation de ses choix professionnels, mais aussi comme un encouragement pour les femmes scientifiques, soulignant que « les pressions sociétales rendent encore plus difficile de « faire carrière » que pour les hommes ». Elle invite chacun à suivre sa curiosité et à adopter une vision large.
Source : Le Journal CNRS



