Inventer une mathématicienne au cinéma | CNRS Le journal

Comment représenter une mathématicienne au cinéma ?

À l’occasion de l’ouverture du 79e Festival de Cannes et de la Journée internationale des femmes en mathématiques, une mathématicienne décortique « Le Théorème de Marguerite », qui a valu à Ella Rumpf le César de la révélation féminine.

Depuis des millénaires, la suite des nombres entiers 1, 2, 3… ne laisse pas l’humanité tranquille. Ses éléments, appelés « nombres premiers » (2, 3, 5…), indécomposables en un produit de nombres entiers plus petits, cachent bien des mystères, dont la célèbre conjecture de Goldbach. Celle-ci postule que tout nombre pair s’écrit comme la somme de deux nombres premiers. Pour chaque nombre concret, elle est simple à vérifier par ordinateur : 12 = 5 + 7, 2026 = 23 + 2003… Pourtant, prouver cette conjecture pour tous les nombres pairs de la liste infinie 2, 4, 6… reste un défi irrésolu à ce jour.

Dans le film d’Anne Novion, Le Théorème de Marguerite (sorti en 2023), Marguerite Hoffman (jouée par Ella Rumpf), une jeune thésarde en théorie des nombres, parvient à résoudre la conjecture de Goldbach. Une mathématicienne de fiction qui obtient un résultat qu’aucun mathématicien n’a pour l’instant réussi à atteindre, cela fait plaisir. Cela fait doublement plaisir quand on sait que les mathématiciennes ne sont pas toujours aussi bien traitées au cinéma.

Déjà, on les voit peu (six fois moins souvent que les mathématiciens). Ensuite, lorsqu’elles sont présentes, elles sont souvent reléguées aux rôles d’assistantes des hommes (Imitation Game, 2014) ou héritent du « don » mathématique masculin (Proof, 2005) ; leur contribution mathématique n’est pas explicitée (Agora, 2009). De plus, le taux de suicide est très élevé dans la population des mathématiciennes fictives, comme le montrent des personnages tels qu’Alice Harmon dans Le Jeu de la dame (2020) ou Diane dans Gifted (2017).

Le film Le Théorème de Marguerite se distingue donc par sa représentation positive des mathématiciennes, en leur permettant non seulement de vivre mais aussi de prouver un résultat majeur. C’est également une comédie romantique, où Marguerite rencontre Lucas, un thésard travaillant sur le même sujet. Leur histoire d’amour suit les étapes typiques du genre, allant de l’ignorance à l’amour.

Marguerite Hoffman, étant la seule étudiante de sa promotion à l’École normale supérieure (ENS) à Paris, évolue dans un milieu élitaire et masculin. Cette singularité dans le film crée un espace de réflexion sur l’invention des mathématiciennes au cinéma.

La représentation des mathématiciennes dans les comédies romantiques et les films d’exploit pose des défis. Dans le film, Marguerite adopte un code corporel masculin, une stratégie potentielle pour minimiser les violences sexistes. Cependant, son départ de l’école dans le film est expliqué par des facteurs variés, tels que des erreurs dans ses travaux ou la précarité de son statut, sans mentionner son genre.

Une étude de la Fondation L’Oréal en 2023 révèle qu’une chercheuse sur deux subit du harcèlement sexuel au travail, soulignant ainsi les discriminations sexistes qui persistent dans le milieu académique.

En conclusion, même si le personnage de Marguerite défie les normes de genre en exerçant un métier masculin, c’est sa relation avec Lucas qui devient l’unique gage de sa féminité. À la fin du film, elle quitte la salle lors de la présentation de sa preuve pour retrouver Lucas, illustrant ainsi la tension entre féminité et travail mathématique.

Source : CNRS Le Journal

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