
L’UE invite des responsables talibans à Bruxelles pour discuter du renvoi de migrants afghans
La Commission européenne a annoncé, le 12 mai 2026, avoir convié des responsables talibans à Bruxelles afin d’aborder la question du renvoi de migrants vers l’Afghanistan. Cette initiative soulève de nombreuses interrogations tant éthiques que pratiques. Une lettre a été envoyée à Kaboul dans la matinée pour fixer une date pour cette rencontre.
Les porte-paroles de la Commission ont été interrogés sur cette réunion technique avec les autorités talibanes, qui ne sont pas reconnues par l’Union européenne (UE) ni par ses États membres. Markus Lammert, porte-parole de la Commission, a souligné que cette invitation ne constituait pas une reconnaissance officielle des Talibans. Il a précisé : « La Commission, en collaboration avec le ministère suédois de la Justice, a adressé une lettre aux autorités de facto en Afghanistan pour les inviter à une réunion technique sur le renvoi de migrants afghans à Bruxelles. L’UE a reçu pour mandat du Conseil de maintenir un dialogue opérationnel avec les Talibans, mais cela ne signifie pas une reconnaissance. »
Cette initiative a suscité des critiques, notamment de la part de Saskia Bricmont, eurodéputée belge des Verts, qui a déclaré que l’UE avait « franchi une ligne rouge ». Elle a insisté sur le fait que les Talibans ne devraient pas être invités en Europe et que tout accord devrait être encadré pour garantir les droits fondamentaux et la sécurité des personnes renvoyées.
Bruxelles insiste sur le caractère « technique » de la réunion, qui a été coordonnée avec la Suède, et rappelle qu’elle fait suite à deux visites de responsables européens en Afghanistan. En octobre dernier, une vingtaine de pays de l’UE avaient demandé des « solutions diplomatiques et pratiques » pour renvoyer des migrants afghans, en particulier ceux considérés comme « une menace pour la sécurité ».
Les discussions soulèvent également des questions pratiques. Étant donné que l’UE ne reconnaît pas officiellement les autorités talibanes, ces responsables auraient besoin d’un visa exceptionnel pour se rendre à Bruxelles. La Belgique a déclaré être prête à en accorder, en tant que pays hôte des institutions européennes. Cependant, des questions demeurent, notamment sur l’identité des invités et le financement de leur séjour.
En 2025, les Afghans demeurent la nationalité la plus représentée parmi les demandeurs d’asile dans l’UE. Alors que l’Europe a accueilli des centaines de milliers de personnes pendant la guerre, elle cherche désormais à organiser des renvois. L’Allemagne a déjà ouvert la voie avec des expulsions groupées d’Afghans condamnés, facilitées par des vols charters via le Qatar.
Certaines associations craignent que ces rencontres ne permettent aux Talibans d’identifier des personnes à renvoyer, potentiellement en violation de leurs droits. Des diplomates soutiennent que l’objectif principal est de trouver des solutions pratiques, comme la délivrance de passeports à des personnes dont les ambassades ne sont pas reconnues par les Talibans.
Cette situation complexe met en lumière les défis auxquels l’UE est confrontée dans sa gestion des migrations et la nécessité de naviguer entre des impératifs humanitaires et des considérations de sécurité.
Source : RFI





