
Trafic de puces IA : trois hommes inculpés
La justice américaine a inculpé trois hommes pour leur implication dans un circuit destiné à expédier des technologies d’intelligence artificielle vers la Chine, en violation des règles d’exportation. Au cœur de l’affaire se trouve une commande évaluée à environ 170 millions de dollars (156,7 millions d’euros), comprenant 750 serveurs et 600 puces Nvidia, toutes soumises à des restrictions strictes.
Une filière présumée construite pour masquer la Chine
Les inculpés sont Stanley Yi Zheng, 56 ans, de Hong Kong, Matthew Kelly, 49 ans, de Hopewell Junction, New York, et Tommy Shad English, 53 ans, d’Atlanta, Géorgie. Ils sont accusés de complot en vue de commettre un trafic illicite et de violations des règles américaines sur les exportations. Selon l’acte d’accusation, ils auraient tenté d’acheter des puces pour les expédier vers la Chine via une société présentée comme thaïlandaise.
Zheng a été arrêté le 22 mars, tandis que Kelly et English se sont rendus aux autorités le 25 mars. Les procureurs affirment que l’opération a débuté en mai 2023, avec des serveurs destinés à être expédiés vers la Thaïlande, la Chine étant la destination finale réelle. Des entreprises thaïlandaises auraient servi de façade pour dissimuler cette opération.
Le matériel en question comprend des puces Nvidia A100 et H100, utilisées pour des applications avancées en intelligence artificielle. Une première commande visait des serveurs intégrant du matériel Supermicro pour un montant d’environ 62 millions de dollars (57,1 millions d’euros). Au total, 600 machines contenaient des puces figurant sur la liste de contrôle du département du Commerce des États-Unis, nécessitant une licence d’exportation vers la Chine.
Export controls, renseignement économique et enjeu militaire
Un informateur a alerté les enquêteurs en janvier 2024. En février, des agents fédéraux ont saisi des appareils de Kelly, révélant des échanges WhatsApp entre les suspects. Des employés de Nvidia et Supermicro avaient également signalé des irrégularités dans les commandes, entraînant leur annulation.
L’affaire met en lumière un mode opératoire classique de contournement des contrôles d’exportation, avec la Thaïlande comme pays de transit. Cette technique a été documentée et s’est intensifiée depuis l’élargissement des restrictions sur les puces avancées par l’administration Biden.
Les procureurs soulignent que les puces visées ont des applications militaires et stratégiques, notamment pour le ciblage d’armes avancées et l’analyse du renseignement. Dans le contexte d’une confrontation technologique entre Washington et Pékin, les autorités américaines considèrent le trafic de puces comme un moyen de réduire l’écart technologique que les restrictions cherchent à maintenir.
L’enquête est menée par le Bureau of Industry and Security du département du Commerce, le Defence Criminal Investigative Service et Homeland Security Investigations. Chaque accusé fait face à des charges pouvant entraîner des peines cumulées de plus de 20 ans de prison.
Source : Justice Department, États-Unis.





