Dimanche, le prêtre a prié pour eux : Le teknival dans le Cher laisse les habitants partagés entre adaptation, sidération et colère

À l’heure du bilan, certains évoquent une situation globalement maîtrisée à Cornusse dans le Cher, d’autres dénoncent des incidents, des incivilités et un sentiment d’insécurité.

Le calme des routes de campagne a cédé la place à un flot continu de voitures. À Cornusse, petit village du Cher, les habitants ont vu arriver, impuissants, des milliers de teufeurs converger vers le terrain militaire voisin. « On est impuissant puisque personne n’a été en capacité de stopper cette colonne de voitures ininterrompue », raconte la maire (SE), Edith Raquin.

En quelques heures, le décor bascule. Champs, chemins, accès agricoles : tout est investi par des milliers de teufeurs avec leur véhicule. « Ce n’est pas Cornusse qui était ciblé, c’était le champ de tir », insiste l’élue, rappelant que le rassemblement s’inscrit aussi dans une contestation politique contre la loi visant les free parties. La proposition de loi adoptée en avril par les députés prévoit une peine allant jusqu’à six mois de prison et 30 000 euros d’amende pour les organisateurs, et 1 500 euros d’amende (3 000 euros en cas de récidive) pour les participants.

Dans le village, les premiers regards sont hésitants. « On a vécu ça comme une invasion », reconnaît l’adjoint au maire, Jean-Louis Penard. Cependant, les débuts sont relativement calmes. « Les gens étaient plutôt contents de voir tant de monde, et ça se passait plutôt bien ». Deux retraitées croisées dans la rue, Michèle et Elisabeth, affirment qu’il n’y a pas eu de problème : « Tout s’est bien passé, il faut bien que jeunesse se passe. Il n’y a pas eu de souci. Le principal est qu’il n’y a pas eu d’explosion. »

Le bruit, souvent redouté, est resté discret côté bourg, en partie grâce aux conditions météorologiques. « Les vents viennent de l’ouest, donc ça n’a gêné personne pour dormir ici », explique la maire. « Je pense que ça s’est relativement bien passé », une phrase qui, dans le village, fait déjà débat au regard des différents témoignages recueillis.

À mesure que les festivaliers quittent le site, les langues se délient. Un agriculteur du secteur ne mâche pas ses mots : « Contrairement à ce que Mme Raquin peut dire, il y a eu des voitures avec des pneus crevés, des voitures retournées, des bagarres, des agressions avec des armes. » Le sentiment d’insécurité s’installe, nourri par l’ampleur du rassemblement. « Les forces de l’ordre ne pouvaient pas être partout », admet Jean-Louis Penard.

Un habitant de Bengy-sur-Craon, commune voisine, s’agace : « Ils jetaient tout partout. Il y a eu un bruit infernal toute la nuit avec des ‘Boum-Boum’. On n’est venu vivre ici pour le calme. » Le maire de Bengy-sur-Craon, Denis Durand, surenchérit : « C’était illégal et on a assisté à une impuissance de l’État. Un certain nombre de festivaliers ont fait leur besoin dans les jardins des habitants, c’était problématique. »

Les conséquences inquiètent déjà les agriculteurs. « Le nombre de bêtes qu’on va perdre, c’est inquiétant », alerte un exploitant, soulignant les risques liés aux déchets laissés sur place. « Nous, on ne pénètre jamais ici. Alors voir autant de monde investir une telle surface… ça dépasse l’entendement », souffle l’adjoint de la commune de Cornusse.

Alors que les sound systems commencent à se taire, une autre phase débute : celle du bilan. « Il faut attendre leur départ définitif pour évaluer les dégradations », explique la maire de Cornusse, prudente. À Cornusse et à Bengy-sur-Craon, deux récits coexistent : celui d’un événement finalement contenu et celui d’un week-end subi, marqué par l’incompréhension et la colère.

Source : France 3 Régions

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