Teddy Riner s’inquiète de l’extrême droite : au RN, le mépris tient lieu d’argument
Teddy Riner face au RN et à Pascal Praud : une opinion « sans intérêt » qui occupe beaucoup d’antenne
Le fait qui dérange
Teddy Riner a exprimé une inquiétude politique. Pas présenté un programme. Pas revendiqué un ministère. Le 16 septembre 2026, dans Stade 2 La Quotidienne, le quintuple champion olympique s’est alarmé de la progression de l’extrême droite. Relancé sur les « deux extrêmes », il a précisé : De l’extrême droite. Il faut appeler un chat un chat.
La précision compte : il refuse une équivalence, il ne récite pas une consigne électorale. (nouvelobs.com)
Le lendemain, Pascal Praud et Laurent Tessier lui consacraient leurs éditoriaux. Pour une parole réputée insignifiante, le service après-vente médiatique était remarquablement mobilisé. (canalplus.com)
Voilà le cœur de l’affaire : on peut parfaitement contester l’analyse de Riner. Encore faut-il en proposer une autre. Lui expliquer qu’il devrait se taire n’est pas une réfutation. C’est une dispense de débat.
Ce que le RN affirme
La réaction documentée du RN passe ici par Julien Odoul, député et porte-parole du parti. Sur X, il répond : Pauvre biquet. Tout va bien se passer Teddy !
C’est bien une réponse. Ce n’est pas une démonstration. Aucun élément, dans cette formule, ne vient expliquer pourquoi l’inquiétude du judoka serait infondée. La réassurance tient lieu d’argument ; la condescendance fait la décoration. (nouvelobs.com)
Ne mélangeons toutefois pas les signatures : Pascal Praud, Laurent Tessier et Aziliz Le Corre ne parlent pas, dans les interventions citées, au nom du RN. Leurs réactions convergent contre Riner ; les éléments disponibles ne démontrent pas une opération coordonnée.
Praud reproche au sportif des déclarations convenues et pauvres en arguments. Aziliz Le Corre va plus loin : On ne veut pas de l’avis politique des sportifs. On ne veut pas vous entendre.
Le premier conteste la qualité du propos ; la seconde récuse la catégorie professionnelle de celui qui parle. Ce n’est pas tout à fait la même conception de la discussion. (nouvelobs.com)
Ce que disent les faits
Premier point : une inquiétude n’est pas une expertise. Les cinq titres olympiques de Riner ne rendent pas son jugement politique incontestable. Son propos cité ne développe ni analyse institutionnelle ni examen du programme du RN. Lui demander des arguments est donc légitime. Lui réserver le silence l’est nettement moins.
Deuxième point : Praud déduit davantage que ce que Riner a dit. Selon les propos rapportés par Le Nouvel Obs, l’éditorialiste affirme : Teddy Riner ne craint pas l’insécurité, la dette, l’islamisme
. Or exprimer une inquiétude sur l’extrême droite ne prouve aucune indifférence aux autres sujets. Une préoccupation n’est pas une déclaration d’exclusivité. Le raisonnement transforme ce que Riner n’évoque pas dans l’extrait en ce qu’il ne redouterait jamais. (nouvelobs.com)
Troisième point : « les Français » ne sont pas un accessoire de plateau. Praud as qu’ils « s’en fichent ». Dans les éléments cités, aucune enquête d’opinion n’accompagne cette généralisation. L’éditorialiste peut trouver la déclaration sans intérêt. Parler au nom du pays entier exige autre chose qu’une bonne assurance devant la caméra. (nouvelobs.com)
Quatrième point, moins confortable pour Riner : l’archive de 2016 est authentique. Dans un entretien au Monde publié le 22 septembre 2016, il défendait effectivement la retenue politique des personnalités publiques, en invoquant leur influence sur le jugement du public. Laurent Tessier n’invente donc pas cette ancienne position. Sur ce point, la critique repose sur une pièce réelle. (lemonde.fr)
Le grand écart
Il existe bien une évolution chez Riner : en 2016, il recommandait la réserve ; en septembre 2026, il assume de participer au débat. On peut lui demander pourquoi. Mais une ancienne règle personnelle n’est pas un engagement perpétuel au mutisme. Relever un changement de position est pertinent. En faire une interdiction de parler est un tour de passe-passe. (lemonde.fr)
Du côté de Praud, le décalage est plus savoureux : consacrer un éditorial à expliquer que les propos d’un homme n’intéressent personne. Ce n’est pas une contradiction logique absolue — on peut commenter un phénomène que l’on juge creux. Mais c’est une mise en scène assez cocasse de l’indifférence. Le désintérêt, manifestement, mérite son créneau. (canalplus.com)
Quant à Odoul, sa réponse contourne la question soulevée. Pourquoi Riner aurait-il tort de s’inquiéter ? « Pauvre biquet » n’apporte aucun éclairage. C’est une petite tape verbale sur la tête, là où l’on attendrait une explication politique. (nouvelobs.com)
Il faut également garder les mots à leur place : les déclarations rapportées n’établissent pas une me de cen. Elles documentent une disqualification de la parole du sportif et, chez Le Corre, une injonction explicite à ne pas l’entendre. Inutile de grossir le dossier : il est suffisamment parlant ainsi.
Ce qu’il faut retenir
Riner répond qu’il accepte le désaccord, mais entend prendre part au débat comme citoyen. À 37 ans, il vise encore les Jeux de Los Angeles en 2028 et n’exclut pas un engagement politique ultérieur. Cela ne constitue ni une candidature annoncée ni une prédiction pour la présidentielle de 2027. (nouvelobs.com)
Notre analyse : cette séquence montre surtout la différence entre contredire une opinion et disqualifier celui qui l’exprime. Riner doit pouvoir être interrogé sur ses arguments comme sur son évolution. Ses contradicteurs aussi.
Le judoka n’a pas livré un programme. Odoul n’a pas livré une réfutation. Et Praud a consacré un éditorial à une parole dont les Français seraient censés se moquer. Pour une opinion qui ne compte pas, que de monde occupé à lui régler son compte.
Sources
- Le Nouvel Obs, Sidonie Blaise, article publié le 17 septembre 2026 et actualisé le 18 septembre 2026 : déclarations de Riner, réactions d’Odoul et des éditorialistes, réponse du judoka. (nouvelobs.com)
- CNEWS / CANAL+, catalogue des éditoriaux de Pascal Praud et Laurent Tessier du 17 septembre 2026. (canalplus.com)
- Le Monde, entretien de Teddy Riner avec Anthony Hernandez, « Une médaille gagnée avec l’intelligence », 22 septembre 2016 : position antérieure du sportif sur l’expression politique. (lemonde.fr)
