Méditation : les adeptes en quête de sérénité s’exposent aussi à des risques
Méditation : derrière la promesse de sérénité, des risques à regarder en face
Le fait principal
La méditation peut aider. Elle n’est pas pour autant sans risque. Anxiété, souvenirs traumatiques envahissants, sentiment de déconnexion : des expériences indésirables sont documentées chez certains pratiquants. Aux États-Unis, les travaux de la psychologue et chercheuse Willoughby Britton, à l’université Brown, invitent à évaluer les dommages possibles aussi sérieusement que les bénéfices. La sérénité ne dispense pas de lire la notice. Encore faut-il en avoir une. (brown.edu)
Ce qui s’est passé
Le 17 septembre 2026, le podcast Radio Atlantic remet ces recherches au premier plan. La journaliste Olga Khazan y revient sur le parcours de Britton, elle-même pratiquante, et sur ses investigations concernant les effets négatifs parfois associés à la méditation. Il ne s’agit pas d’une découverte soudaine, mais d’un problème étudié depuis plusieurs années. (theatlantic.com)
Dans une étude présentée par Brown le 18 mai 2021, l’équipe de Britton avait interrogé des participants après un programme de pleine conscience. Les témoignages faisaient notamment état de cauchemars, d’hypersensibilité et de reviviscences traumatiques. L’objectif annoncé : mieux repérer les difficultés pour adapter les pratiques, pas disqualifier toute méditation. (brown.edu)
Le contexte
Le mot « méditation » recouvre des techniques différentes. Certains programmes associent exercices d’attention, échanges collectifs et outils psychothérapeutiques. Le Centre national américain pour la santé complémentaire et intégrative, le NCCIH, reconnaît des bénéfices possibles contre l’anxiété, la dépression ou certaines douleurs. Mais il souligne aussi les limites méthodologiques de nombreuses recherches et le manque d’études consacrées aux risques. Un bénéfice observé dans un protocole ne vaut pas garantie universelle. (nccih.nih.gov)
Autre distinction essentielle : éprouver une difficulté pendant une séance ne prouve pas automatiquement que la méditation l’a provoquée. Une étude publiée le 12 juin 2026 dans JMIR Mental Health le rappelle. Dans l’un des échantillons examinés, les expériences indésirables ne différaient pas significativement entre les participants ayant effectué des méditations guidées et ceux n’en ayant pas effectué. Les auteurs appellent donc à séparer les expériences survenues pendant un programme des dommages effectivement causés par celui-ci. (mental.jmir.org)
Les chiffres à retenir
Une enquête de l’université de Melbourne, publiée en ligne le 4 décembre 2025 dans BMC Complementary Medicine and Therapies, apporte des données internationales récentes. Les réponses ont été recueillies entre septembre 2023 et janvier 2024. (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)
- 2 072 adultes en Australie et 571 en Nouvelle-Zélande composent les échantillons interrogés. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
- 21,7 % des pratiquants australiens déclarent avoir connu, au cours de leur vie, un effet indésirable qu’ils associent à la méditation. (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)
- 17,6 % des pratiquants néo-zélandais rapportent une telle expérience. (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)
Ces pourcentages portent sur des déclarations rétrospectives. Ils ne représentent ni un risque par séance ni une proportion de troubles graves. L’enquête ne permet pas, à elle seule, d’établir la causalité. Transformer ces résultats en verdict contre toute méditation serait aussi peu rigoureux que les faire disparaître sous un coussin. (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)
Ce que cela révèle
Le premier problème est celui de l’écoute. Selon les travaux de Britton, certains participants hésitent à signaler leurs difficultés par honte ou pour satisfaire leur enseignant. Des questions précises, posées individuellement par une personne extérieure au programme, facilitent leur expression. Ne pas entendre de plainte ne signifie pas qu’il n’existe aucun dommage. (brown.edu)
Le second enjeu touche à l’accès aux soins. Dans l’enquête australienne, un besoin non satisfait de prise en charge en santé mentale est associé à une probabilité plus élevée de méditer. Cela ne démontre pas que la méditation remplace systématiquement une consultation. Mais cela pose une question politique : quelle place lui donne-t-on lorsque les soins manquent ? Le NCCIH rappelle explicitement qu’elle ne doit ni remplacer les soins conventionnels ni retarder une consultation. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Notre lecture est simple : proposer un outil individuel peut être utile. En faire une réponse suffisante à la souffrance serait une démission collective. Respirer mieux n’est pas une politique de santé publique.
Ce qu’il faut retenir
Ni remède miracle ni danger systématique : la méditation mérite une information honnête, des pratiques adaptées et une surveillance des difficultés. Le NCCIH recommande notamment de vérifier la formation de l’enseignant et d’échanger avec un professionnel de santé sur les approches utilisées. Le bien-être n’a rien à gagner au silence sur ses risques. (nccih.nih.gov)
