
La succession à la tête de l’ONU : l’occasion de trouver un nouveau souffle ?
La fin du second mandat d’António Guterres à la tête de l’ONU, prévue pour le 31 décembre 2026, marque le début d’une nouvelle phase diplomatique pour les Nations unies. Dans un contexte international complexe, comprenant la guerre en Ukraine, les tensions entre les États-Unis et la Chine, la crise de Gaza, ainsi que l’endettement croissant des pays du Sud global, l’élection du prochain ou de la prochaine Secrétaire générale représente un moment crucial pour l’avenir de l’ordre mondial.
Le poste de Secrétaire général, souvent décrit comme « le plus impossible du monde », repose autant sur la légitimité politique des candidats que sur les dynamiques géopolitiques entre les grandes puissances. Face aux critiques et au désengagement de pays majeurs comme les États-Unis, qui réduisent leur soutien financier et contournent l’ONU, cette dernière doit se réinventer. La nomination d’un nouveau leader pourrait être l’occasion de cette transformation.
Le processus de sélection est dominé par le Conseil de sécurité. Selon la Charte des Nations unies, les États membres proposent des candidatures, et le Conseil recommande un nom à l’Assemblée générale pour un vote formel. Les cinq membres permanents du Conseil — États-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni — exercent une influence majeure grâce à leur droit de veto. Depuis 2015, des réformes ont été mises en place pour accroître la transparence du processus, incluant la publication des candidatures et des dialogues avec la société civile.
L’élection de 2026 se distingue par un enjeu symbolique : l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme depuis sa création en 1945. De nombreux pays et organisations militent pour une alternance de genre et une meilleure représentation des pays du Sud. Cette dynamique privilégie les candidatures latino-américaines, notamment en raison d’une rotation géographique qui pourrait bénéficier à l’Amérique latine et aux Caraïbes, une région sans siège permanent au Conseil de sécurité, mais qui a déjà connu un Secrétaire général en la personne de Javier Pérez de Cuéllar, péruvien, entre 1982 et 1991.
Quatre candidatures principales émergent dans les discussions diplomatiques. Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-Haute-Commissaire des droits de l’homme, est considérée comme l’une des candidates les mieux placées. Rebeca Grynspan, actuelle secrétaire générale de la CNUCED et ancienne vice-présidente du Costa Rica, propose une approche technocratique axée sur les réformes institutionnelles. Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), met l’accent sur la nécessité d’une réforme budgétaire, tandis que l’ancien président sénégalais Macky Sall plaide pour une meilleure représentation du Sud, en particulier de l’Afrique, qui pourrait compter 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050.
Les divergences politiques entre les candidats illustrent les fractures du système international. Grossi adopte une position réaliste, axée sur la réforme administrative, tandis que Grynspan se veut médiatrice pragmatique. Macky Sall critique la domination occidentale, et Bachelet défend des valeurs progressistes centrées sur les droits humains et la coopération internationale.
Cependant, la candidature de Bachelet est politiquement sensible. Son mandat au Haut-Commissariat aux droits de l’homme a suscité des critiques, notamment de la part de certains gouvernements occidentaux et des milieux conservateurs américains. Le retrait du soutien officiel du Chili à sa candidature, suite à l’élection de José Antonio Kast, président d’extrême droite, souligne la polarisation idéologique qui l’entoure. Malgré cela, elle bénéficie du soutien du Brésil et du Mexique, ainsi que d’un réseau diplomatique solide parmi les progressistes internationaux.
Face à une ONU confrontée à une crise de légitimité et à un déficit budgétaire, Michelle Bachelet apparaît comme la candidate la plus prometteuse. Son parcours, riche d’expérience en tant que présidente et ministre, ainsi que son engagement en faveur d’un multilatéralisme qui intègre la paix, le développement et les droits humains, la positionnent comme une figure capable de redonner à l’ONU la cohérence politique et morale dont elle a tant besoin aujourd’hui.
Source : Humanité




