
Rûmî, le poète mystique à la recherche de l’absolu divin
Rûmî, considéré comme le plus célèbre des poètes persans, ne se présente pas comme un philosophe. Il critique ceux qui prétendent expliquer le monde uniquement par la raison. À travers ses œuvres mystiques, il cherche également l’absolu divin. Leili Anvar, spécialiste de la poésie et de la pensée persane, explore son parcours.
Né Mohammad Jalâl al-dîn Balkhî en 1207 dans l’actuel Afghanistan, Rûmî est souvent désigné par son nom d’Occident, qui signifie « le Romain », en référence à sa vie en Anatolie, aujourd’hui en Turquie. Il est enterré à Konya, où il est vénéré comme « Mowlânâ » ou « notre maître » par les Iraniens.
Rûmî a passé la majeure partie de sa vie hors de l’Iran, ayant émigré avec sa famille à Konya à l’âge de 10 ans. Son père, un maître soufi, a fui l’invasion mongole. Cette expérience d’exil a influencé sa vision spirituelle, où l’exil devient une métaphore pour l’âme, éloignée de Dieu.
À Konya, Rûmî rencontre Shams ed Dîn Tabrîzî, qui transforme sa pratique spirituelle, le menant vers un soufisme extatique, centré sur l’amour. Cette relation profonde est souvent interprétée comme une connexion d’âme à âme, transcendant la notion d’amour charnel.
Rûmî, fervent musulman, établit un lien étroit avec le Coran, notamment dans son œuvre majeure, le Masnavî spirituel, souvent considéré comme le « Coran en persan ». Bien qu’il ait sa propre interprétation de l’islam, il y prône l’amour comme essence de la foi.
Sa poésie, unique et surréaliste, se distingue par des images frappantes et une approche non conventionnelle. Rûmî compose ses vers dans un état d’extase mystique, ce qui le rapproche davantage d’un mystique que d’un poète traditionnel.
La République islamique d’Iran a eu une attitude ambivalente envers Rûmî. Bien que certains mollahs l’aient qualifié d’hérétique, la majorité reconnaît son importance culturelle. Le fondateur du régime, Khomeini, ne s’opposait pas au soufisme et à l’œuvre de Rûmî, soulignant son impact durable sur la culture iranienne.
Rûmî a également gagné en popularité en Occident, notamment aux États-Unis, où ses œuvres ont été traduites au début du XXe siècle. La vague New Age des années 1960 a contribué à sa renommée, établissant des liens entre sa pensée et la philosophie transcendantaliste américaine.
Rûmî, par son exploration de l’amour et de la mystique, continue d’inspirer des générations, témoignant d’une quête spirituelle universelle.
Source : Leili Anvar, Philomag




