Retraite : 1,5 million de Français ont travaillé sans valider de trimestres et l'ignorent encore

Retraite : 1,5 million de Français ont travaillé sans valider de trimestres et l’ignorent encore

Environ 2 millions de Français approchant de la retraite vont découvrir, dans les prochaines années, un trou dans leur carrière. Des mois, parfois des années de travail, qui, aux yeux de l’État, ne comptent pas. La diffusion de cette information est jugée « vitale » par les représentants de l’association TUC, les oubliés de la retraite.

Yves Coussement, retraité et trésorier de l’association, témoigne de son expérience. En 1985-1986, à 24 ans, il est directeur d’un centre de vacances, responsable de 70 personnes. Cependant, ces mois d’activité ne lui ont quasiment rien rapporté pour sa retraite. De même, Marie-Claire Stahl, présidente de l’association, découvre à 55 ans qu’il lui manque des trimestres, après avoir travaillé huit mois et demi en école maternelle en 1985.

Les Travaux d’utilité collective (TUC), mis en place entre 1984 et 1990, étaient des contrats aidés destinés aux jeunes de 16 à 24 ans. Ces postes, souvent en mairie, à l’hôpital ou dans des associations, avaient pour but de réduire le chômage. Bien que les bénéficiaires cotisaient à l’assurance vieillesse, ces cotisations étaient calculées sur une base forfaitaire très faible, insuffisante pour valider de véritables droits. Pour cela, il fallait travailler 12 à 13 mois, alors que la durée des contrats était généralement de 8 à 12 mois. En conséquence, « la plupart d’entre nous n’avons rien validé », explique Coussement. Actuellement, entre 1,5 et 2 millions de personnes seraient concernées, pour environ 3 millions de contrats signés à l’époque.

La réforme des retraites de 2023 a reconnu ces périodes comme des trimestres « assimilés », mais non « cotisés ». Cette distinction a des conséquences importantes, car ces trimestres ne permettent pas d’accéder à un départ anticipé pour carrière longue. Environ 70 % des bénéficiaires restent exclus de ce dispositif, ce qui peut représenter jusqu’à huit trimestres manquants, soit plusieurs années de travail supplémentaires.

L’impact financier est significatif. Avec huit trimestres en moins, cela représente environ 120 euros par mois, selon Yves Coussement. Une pension de 1 000 euros pourrait ainsi descendre à 900 euros, voire moins. Certains choisissent donc de prolonger leur activité pour éviter une double décote due aux trimestres manquants.

Ce problème reste largement méconnu. Les départs à la retraite des anciens TUC devraient réellement commencer en 2026, avec un pic attendu autour de 2028. Beaucoup ne vérifient leur relevé de carrière qu’à la dernière minute, parfois trop tard pour corriger la situation.

L’association milite pour que ces trimestres soient reconnus comme « cotisés » ou au moins « réputés cotisés ». Malgré plusieurs questions écrites posées par des députés au gouvernement, aucune solution claire n’a été apportée. En attendant, le message de l’association est clair : ceux qui ont effectué ce type de contrat dans leur jeunesse doivent vérifier leur relevé de carrière dès maintenant.

Source : Judith Chouzenoux, association TUC, les oubliés de la retraite.

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