
La terre est notre fondation. Elle nourrit, soutient et façonne ce que l’on met dans nos verres. Malgré une prise de conscience croissante de l’importance de la santé des sols, on continue pourtant de fragiliser notre socle, souvent par habitude, mais aussi, parfois, par nécessité immédiate et par manque de ressources. Entre les impératifs économiques et la pression accrue des maladies de la vigne, exacerbées par les changements climatiques, les marges de manœuvre se resserrent. Certains experts estiment que les défis actuels entraînent même un recul. Plusieurs viticulteurs qui avaient diminué, voire cessé, l’usage de produits de synthèse y ont recours à nouveau. Il devient plus essentiel que jamais de souligner le travail de ceux et celles qui s’acharnent pour préserver notre écosystème malgré les grands défis.
Lorsqu’on prend soin de son corps, on donne le meilleur de soi-même. C’est la même chose pour la vigne. Si la plante est mal nourrie, qu’elle manque d’eau ou qu’elle est intoxiquée par des produits de synthèse, elle souffre et, en conséquence, la qualité du raisin en est altérée. Nécessairement, le vin dont on s’abreuve aussi.
L’image d’un vignoble bien entretenu, où les sols nus, sans aucun enherbement, contrastent avec la verdure des rangs de vignes, est une vision trompeuse de la beauté. Il existe d’ailleurs un dicton qui dit : sol nu, sol foutu. À l’inverse, la présence de couverts végétaux, souvent composés de légumineuses et de céréales, est un indicateur d’un écosystème sain. En plus de favoriser la biodiversité et d’attirer les insectes bénéfiques, les couverts végétaux limitent la compaction des sols et contribuent, avec le compost, à enrichir la matière organique. Cette dernière joue un rôle clé puisqu’elle retient l’eau et les nutriments essentiels à la vigne, tout en stimulant une vie microbienne active.
L’autre avantage de l’enherbement est de prévenir l’érosion pendant des pluies torrentielles et la perte d’eau lors de chaleurs extrêmes. Les espèces végétales, si elles sont bien sélectionnées et ne font pas concurrence à la vigne, contribuent à réduire la température des sols et, par conséquent, à limiter l’évaporation. Plusieurs vignerons en ont d’ailleurs mesuré l’impact. Le 19 juillet 2023, en pleine canicule, Louis Barruol, du Château de Saint Cosme, observe une température de 48,2 °C sur un sol nu contre 27,2 °C sous couvert végétal. Dans des conditions extrêmes, la vigne est fortement affectée, surtout lorsque l’irrigation, qui permet de compenser le manque d’eau, n’est pas autorisée dans une appellation. Un stress hydrique peut entraîner un arrêt de la photosynthèse, diminuer la quantité et la qualité de la récolte et, dans le pire des cas, la mort de la plante.
<h2 class="h2-intertitre">L’agriculture comme levier</h2>
<p>Outre les effets bénéfiques sur la vigne et ses fruits, la santé des sols contribue au stockage de carbone. Plus la matière organique est élevée et moins les sols sont compactés, plus le sol peut emmagasiner le dioxyde de carbone (CO2). Selon le Rodale Institute, un organisme qui effectue des recherches depuis 1947, on pourrait séquestrer 100 % du CO2 émis chaque année si les agriculteurs adoptaient ces pratiques durables.</p>
<p>La difficulté, c’est qu’il n’existe pas de méthode universelle pour calculer la captation du carbone dans les sols, chaque vignoble ayant une réalité propre, avec des sols et des espèces végétales qui varient. Plusieurs études sont toutefois en cours. On pense notamment à Vanya Cullen, propriétaire du réputé domaine Cullen Wines, à Margaret River, en Australie, qui effectue un suivi annuel du carbone organique des sols (COS) depuis 2014. En adoptant des pratiques vertueuses, elle a constaté que le COS avait augmenté de 1,9 %, ce qui correspond à une séquestration de 79,5 tonnes de carbone par hectare. Cela représente 1910 tonnes d’équivalent dioxyde de carbone (éq. CO2) par an, soit davantage que les émissions de gaz à effet de serre estimées à 1600 tonnes éq. CO2 par an.</p>
<p>En ce Mois de la Terre, quatre domaines viticoles qui accordent une importance primordiale à la santé des sols sont mis en avant.</p>
<h2 class="h2-intertitre">Domaine Richaud Terre d’Aigles Côtes du Rhône 2024, France, Vallée du Rhône</h2>
<p>Visionnaire, Marcel Richaud a refusé d’utiliser des intrants, tant à la vigne qu’au chai, à une époque où ce n’était pas pratique courante. Ses enfants, Thomas et Claire, pilotent aujourd’hui le domaine avec la même philosophie. Terre d’Aigles est une cuvée issue de vieilles vignes de 70 ans, provenant des terroirs de Cairanne, mais déclassés en côtes-du-rhône. Le vin offre des notes de prune, de cassis et de framboise mûre, avec des tanins enveloppants. À boire maintenant.</p>
<p>Prix : 26,10 $ — Code SAQ 14827578</p>
<h2 class="h2-intertitre">Domaine des Huards Initia Crémant de Loire 2019, France, Vallée de la Loire</h2>
<p>Cette maison propose un crémant qui rivalise avec certains champagnes, à un prix plus accessible. La bouche est délicate, avec des nuances de brioche, d’acacia, de citron et de petits fruits rouges. À boire maintenant.</p>
<p>Prix : 44 $ — Code SAQ 13602924</p>
<h2 class="h2-intertitre">Planeta La Segreta 2024, Italie, Sicile</h2>
<p>Pour Alessio Planeta, l’abstinence de produits de synthèse et la santé des sols sont non négociables. Cet assemblage, majoritairement composé de grecanico, livre un blanc salin et vif, avec des notes de zeste de citron et de fleur d’oranger. À boire maintenant.</p>
<p>Prix : 20,50 $ — Code SAQ 741264</p>
<h2 class="h2-intertitre">Domaine Lafage Nicolas 2023, France, Côtes Catalanes</h2>
<p>Jean-Marc et Éliane, héritiers de six générations de viticulteurs, ont été parmi les premiers à obtenir la certification Agriculture régénérative en 2024. Nicolas, composé de grenache, est gourmand et révèle des nuances de framboise, de myrtille et de cassis. À boire maintenant.</p>
<p>Prix : 20,75 $ — Code SAQ 12211366</p>Source : Article original




