
En Guadeloupe, le procès d’un tableau interroge la relation entre la France et son département
Le tribunal de Pointe-à-Pitre a récemment été le théâtre d’une audience marquante, où l’art et la politique se croisent. Lors de ce procès, Jocelyn Valton, critique d’art, a évoqué l’histoire des décapitations dans l’art occidental tout en présentant l’œuvre emblématique La Trahison des images de René Magritte. Ce moment a transformé la salle d’audience en une véritable salle de cours. Valton a souligné que « On n’a pas, en Guadeloupe, de tradition de coupeurs de têtes », soutenant ainsi l’artiste François Moulin, alias Blow, qui est jugé pour un tableau controversé.
Cette peinture, exposée fin 2024 au centre des arts et de la culture (CAC) à Pointe-à-Pitre, représente un homme noir brandissant une tête coupée ressemblant à Emmanuel Macron, tout en tenant le drapeau guadeloupéen. Cette œuvre a conduit à une plainte déposée par le président de la République pour « provocation à commettre un crime ». Philippe Verdol, l’ordonnateur de l’exposition, et Anthony Vila, le commissaire de l’exposition, sont également visés par cette plainte, qui soulève des questions sur la liberté d’expression.
Philippe Verdol a expliqué à la barre que l’objectif de cette exposition était de « mettre fin à l’apathie sociale autour de la question du chlordécone », un pesticide qui a durablement contaminé les sols et les corps en Guadeloupe. Anthony Vila, pour sa part, a souligné que le tableau témoigne d’une « non-considération de la problématique du chlordécone ». Elie Domota, un militant syndical guadeloupéen, a ajouté que l’œuvre représente un « cri de douleur » face à la responsabilité de l’État français et de son représentant actuel.
Les discussions au tribunal ont rapidement fait écho aux relations complexes entre la France et son histoire coloniale. Blow a affirmé que cette œuvre est « une réclamation de la fin de la colonisation masquée par la République », exprimant ainsi une colère latente. Son apparence, avec un long manteau et des lunettes sombres, a accentué son message.
Cette affaire soulève des questions profondes sur la liberté d’expression artistique et la manière dont la France aborde son passé colonial, en particulier dans ses départements d’outre-mer.
Source : Le Monde




