Ce n’est pas acceptable ! : des entreprises du BTP en Picardie sceptiques face au « prêt flash carburant »
Les entreprises du bâtiment dans la Somme sont frappées de plein fouet par les augmentations de prix causées par la guerre au Moyen-Orient. L’annonce par le gouvernement d’un « prêt flash carburant » pour le BTP ne semble pas les convaincre.
Les aides arrivent au compte-goutte : lundi soir, le ministre de l’Économie a annoncé que certaines petites et moyennes entreprises du BTP pourront bénéficier du « prêt flash carburant », au même titre que les pêcheurs, agriculteurs et transporteurs routiers, dans les prochains jours. Une mesure qui laisse sceptiques les entrepreneurs de la Somme contactés par ICI Picardie.
« Je ne comprends même pas cette mesure, elle est nulle et non avenue », tacle Céglyne Barrier, présidente de la Fédération nationale du bâtiment dans la Somme. « Les entreprises sont déjà en très grande difficulté de trésorerie et c’est un prêt supplémentaire donc pour pallier une augmentation du carburant on demande aux entreprises de financer et en plus de payer des intérêts dessus. »
Elle ajoute que les entreprises « viennent de payer la dernière mensualité du prêt garanti par l’État, qu’on a eu pendant le Covid ». Elle appelle plutôt à « baisser le prix du carburant ». Ce surcoût affecte les déplacements sur les chantiers, les livraisons de matériaux. Sans compter les matériaux eux-mêmes dont les prix se sont envolés en avril avec la guerre au Moyen-Orient.
« C’est 15 à 20 % de hausse sur les produits bitumeux », note Frédéric Bousignière, dirigeant de Bouffel TP à Doullens. Il constate que les clients particuliers sont « plus frileux » et il ne peut pas les assurer « que les prix n’augmenteront pas ». « On fait marcher la matière grise, comme depuis le Covid pour trouver des solutions », ajoute-t-il. Cela passe par de l’optimisation des déplacements d’engins et de la rationalisation des opérations de chantiers.
Même s’il doit encore se renseigner auprès de son comptable pour le « prêt flash carburant », il préférerait faire des prêts « sur de l’investissement matériel » et pas sur de la trésorerie. Frédéric Bousignière alerte sur « des difficultés sur les permis de construire, sur des projets de non-artificialisation des terrains » qui font que « le bâtiment va moins bien ».
Cette baisse d’activité est également ressentie sur les plus gros chantiers, comme ceux sur lesquels intervient l’entreprise Menuiserie Fourny, basée à La Chaussée-Tirancourt. « On subit une baisse d’activité depuis un mois ou deux, il y a beaucoup moins de sollicitations, moins d’appels d’offres donc c’est la double-peine », déplore Yann Fourny. Cette augmentation des coûts, c’est par exemple « 7 % sur la partie planches, quincaillerie et peinture », ce qui peut « manger pratiquement notre marge annuelle en fait ».
Pour le moment, c’est la trésorerie qui encaisse les hausses. « Toute aide est la bienvenue » lorsqu’il pense au « prêt flash carburant », même si Yann Fourny considère que « c’est reculer pour mieux sauter ».
Source : ICI Picardie.




