Antarctique : faut-il limiter le tourisme pour sauver les manchots ?

Antarctique : faut-il limiter le tourisme pour sauver les manchots ?

L’Antarctique, un continent de 14 millions de km², protégé depuis 1959 par un traité, fait face à une montée inquiétante du tourisme. Ce mardi 12 mai, 400 responsables gouvernementaux et chercheurs de cinquante pays se réunissent à Hiroshima pour discuter de l’urgence climatique menaçant ce territoire.

Un des sujets abordés est la nécessité de freiner un tourisme en plein essor qui exacerbe une situation climatique déjà critique. La création de quotas et de restrictions d’accès à certaines zones est envisagée, mais des pays comme la Chine et la Russie sont réticents à ces propositions.

Il y a vingt ans, 20 000 touristes visitaient l’Antarctique chaque année. Pour la saison 2024-2025, ce chiffre a grimpé à 118 000, dont 40 % d’Américains. Selon le climatologue chilien Raul Cordero, ce nombre pourrait atteindre un demi-million d’ici 2040. Chaque touriste génère en moyenne cinq à six tonnes de CO₂, équivalentes aux émissions annuelles d’un Européen moyen.

L’Antarctique est devenu une destination prisée des retraités aisés, prêts à débourser entre 10 000 et 50 000 euros par personne pour ce que les tour-opérateurs qualifient d’« expérience d’une vie ». L’offre touristique a considérablement évolué, intégrant des activités comme le kayak, la plongée sous glace et même des marathons sur la glace.

Une pollution invisible mais déjà mesurée

Une étude récente publiée dans la revue Nature Sustainability a révélé que la concentration de particules fines contenant des métaux lourds dans les zones touristiques est dix fois plus élevée qu’il y a quarante ans. Ces particules, issues de la combustion de carburants fossiles, assombrissent la neige, réduisant sa capacité à réfléchir les rayons du soleil et accélérant ainsi la fonte des glaces.

Chaque touriste contribue à la fonte d’environ 100 tonnes de neige lors de son séjour. De plus, le trafic maritime entraîne des nuisances supplémentaires, telles que l’introduction d’espèces envahissantes et le tassement des sols, perturbant les colonies d’animaux, notamment les manchots empereurs, récemment classés « espèce en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Ces pressions s’exercent sur un continent déjà fragilisé, perdant 135 milliards de tonnes de neige et de glace par an depuis 2002. La calotte glaciaire ouest antarctique est menacée d’un basculement irréversible, pouvant entraîner une élévation du niveau des océans de plusieurs mètres.

Une régulation lacunaire

Face à cette situation, l’IAATO, l’association des voyagistes, a pris des mesures, interdisant aux navires de plus de 500 passagers de débarquer et limitant le nombre de visiteurs à 100 sur terre. Cependant, ces avancées sont jugées insuffisantes par les chercheurs. Le comité d’éthique du CNRS a exprimé des réserves sur l’intérêt scientifique des partenariats entre compagnies de croisière et chercheurs, soulignant que leur impact sur la préservation de l’environnement reste modeste.

Cette question cruciale du tourisme en Antarctique soulève des enjeux majeurs pour l’avenir de la biodiversité et de l’écosystème fragile de ce continent.

Source : La Croix

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