
Plus de lumière, mais à quel prix ? Les mégaconstellations de satellites menacent le ciel nocturne
Les satellites en orbite basse perturbent déjà les astronomes en laissant des traînées lumineuses sur leurs photos du ciel. Selon un nouveau modèle, certaines mégaconstellations pourraient rendre le ciel nocturne trois fois plus brillant qu’aujourd’hui, menaçant particulièrement le télescope Vera C. Rubin situé au Chili.
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Des satellites de plus en plus grands et brillants envahissent l’orbite basse
Environ 1,7 million d’engins sont prévus pour lancement dans les prochaines années, selon Jonathan McDowell, expert en durabilité spatiale. Parmi ces satellites, plusieurs mégaconstellations regroupent des dizaines de milliers d’appareils. Certains, comme les satellites BlueBird d’AST SpaceMobile, sont aussi grands qu’un terrain de tennis, tandis que leurs prédécesseurs, les BlueWalker, approchent la taille d’un grand studio. D’autres, comme ceux de Reflect Orbital, envisagent de placer jusqu’à 50 000 miroirs géants en orbite pour renvoyer la lumière du soleil vers la Terre la nuit.
Tous ces objets réfléchissent la lumière solaire. Les caméras des télescopes, qui restent ouvertes longtemps pour capter la lumière d’étoiles très lointaines, sont particulièrement affectées. Lorsqu’un satellite passe, il laisse une traînée lumineuse qui peut rendre la photo inutilisable. Les miroirs orbitaux aggravent ce problème en éclairant le ciel de manière permanente, ajoutant une pollution lumineuse directement venue de l’espace.
Ces perturbations touchent principalement les instruments capables de photographier de grandes portions du ciel simultanément. Plus le champ de vision est large, plus les chances qu’un satellite brillant y apparaisse sont élevées.
Comment les mégaconstellations de satellites dégradent les images astronomiques
Olivier Hainaut, astronome à l’Observatoire européen austral, a développé un programme qui simule la diffusion de la lumière des satellites dans l’atmosphère. Ses calculs, publiés sur arXiv en avril 2026, indiquent qu’une mégaconstellation de 60 000 satellites discrets n’ajouterait que 0,1 % de luminosité au ciel naturel. Cependant, leurs traînées bloqueraient entre 6 et 15 % du champ de vision du télescope Vera C. Rubin.
Le scénario le plus préoccupant concerne les miroirs orbitaux. Une constellation de 50 000 de ces engins pourrait augmenter la luminosité du ciel nocturne à un niveau rendant les images du télescope totalement inexploitables. Anthony Mallama, chercheur à l’Union astronomique internationale, souligne qu’un seul satellite très brillant peut causer plus de dégâts que des milliers d’appareils.
Ce que les astronomes exigent pour sauver leurs observations
Hainaut plaide pour que presque tous les satellites restent invisibles à l’œil nu et qu’il n’y ait jamais plus de dix engins brillants simultanément dans le ciel. Les fabricants pourraient appliquer un revêtement spécial sur les faces inférieures de leurs appareils pour renvoyer la lumière solaire vers l’espace. Cependant, cette solution ne s’applique pas aux miroirs orbitaux.
Hainaut recommande également de ne pas dépasser 100 000 satellites en orbite basse au total. Au-delà de ce seuil, les pertes de données pour les astronomes deviendraient comparables à celles causées par les conditions météorologiques. Actuellement, aucune règle internationale n’oblige les opérateurs à limiter la brillance de leurs appareils, et ces recommandations demeurent non contraignantes.
Source : Science & Vie




