Médecine du sport : Adaptation nécessaire pour la performance des femmes athlètes
A-t-on construit la performance contre le corps des femmes ? Vers une médecine du sport enfin adaptée ?
Pendant longtemps, les sportives ont été poussées à encaisser les contraintes physiques sans tenir compte de leur physiologie. Aujourd’hui, la médecine du sport commence à reconnaître que le corps féminin n’est pas un simple reflet du corps masculin. Cycles menstruels, bless spécifiques, troubles alimentaires et fatigue « invisible » sont désormais des sujets de préoccupation.
« Faire comme les hommes » : le plus grand malentendu du sport féminin
Les athlètes de haut niveau ont longtemps dû prouver leur capacité à performer comme leurs homologues masculins, dans un système qui ignorait leur physiologie. Martine Duclos, endocrinologue au CHU de Clermont-Ferrand, souligne que l’entraînement des femmes a souvent été identique à celui des hommes, sans considérer les différences physiologiques. Sandrine Gruda, basketteuse olympique, ajoute que le milieu sportif reste majoritairement masculin, ce qui complique l’adaptation des méthodes d’entraînement.
Quand le corps parle… il est souvent trop tard
Les ruptures du ligament croisé antérieur (LCA) illustrent ce manque d’adaptation. Contrairement à certaines idées reçues, le problème n’est pas hormonal. La différence anatomique entre les genoux masculins et féminins, ainsi qu’un déséquilibre musculaire, sont des facteurs clés. Des programmes de prévention ciblés peuvent réduire le risque de bless.
Règles, hormones : on commence enfin à poser les bonnes questions
Le cycle menstruel a longtemps été un sujet tabou, mais il est maintenant intégré dans les discussions médicales. Martine Duclos indique qu’il est crucial de prendre en compte les symptômes prémenstruels, car ils peuvent affecter la performance.
Le piège invisible : performer… en se détruisant
Le déficit énergétique relatif dans le sport (RED-S) reste sous-diagnostiqué. Les signaux d’alerte, comme la disparition des règles, doivent être pris au sérieux. Certaines disciplines, telles que le cyclisme et les sports esthétiques, sont particulièrement à risque.
Le corps invisible : périnée, fatigue mentale…
Des douleurs comme celles liées au périnée sont souvent ignorées. Adèle Bouscasse, fondatrice de Maholi, constate une évolution dans la prise de conscience des femmes sur cette question. La fatigue mentale, quant à elle, est souvent sous-estimée, bien que ses effets puissent être dévastateurs.
Le vrai changement n’est peut-être pas médical
La recherche sur le corps féminin progresse, mais il reste un fossé entre la connaissance et son application. Meriem Salmi, préparatrice mentale, insiste sur la nécessité d’intégrer les connaissances scientifiques dans l’accompagnement des athlètes.
Santé du sport : le corps ne manque pas de volonté, il manque parfois de ressources
Les signaux de fatigue et de bless sont souvent interprétés comme un manque de volonté. Loïc Sanner, docteur en pharmacie, souligne l’importance d’aborder ces questions sous un angle plus holistique, prenant en compte le sommeil, la nutrition et la récupération.
La triade de l’athlète féminine, qui inclut des problèmes de nutrition, de cycle menstruel et de santé osseuse, reste une alerte cruciale pour prévenir des conséquences graves.
Sandrine Gruda : « Dans le sport, on est encore en train de convaincre »
Gruda, aujourd’hui coach exécutif, appelle à une spécialisation accrue dans le soutien aux athlètes, soulignant que l’accès à des méthodes adaptées pourrait avoir un impact significatif sur la performance.
En conclusion, le chemin vers une médecine du sport adaptée aux femmes est encore long, mais les progrès réalisés ouvrent la voie à une meilleure compréhension et un soutien accru pour les athlètes féminines.
Source : Women Sports N°41, juillet-août-septembre 2026
